L'OCDE met en évidence le gigantesque soutien de la Chine à certains secteurs industriels

Un soutien presque "MAGIC": l'OCDE a compilé sur deux décennies les subventions publiques accordées à certains secteurs industriels dans le monde, mettant en évidence l'énorme aide de la Chine à ses fabricants de batteries, de panneaux solaires ou d'automobiles, qui a bouleversé l'économie mondiale.

Dans une institution habituée aux discours pondérés, le constat énoncé par cette experte de l'OCDE tranche: "si on ne fait rien concernant les distorsions de concurrence sur les marchés internationaux, tout le monde va surpayer" son soutien à l'industrie, "et personne n'aura les effets recherchés" en matière de "résilience et de compétitivité".

L'organisation, qui a demandé à ce que le nom des experts cités ne soit pas publié, a publié un rapport lundi pointant un grand responsable de ces "distorsions de concurrence" dans une quinzaine de secteurs industriels clés: la Chine.

Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne "un soutien public trois à huit fois plus important que celles basées" dans les 38 pays membres de l'OCDE, explique l'organisation. Encore cette estimation est-elle "prudente".

Ce constat s'appuie sur une importante base de donnée, appelée "MAGIC", pour "Manufacturing Groups and Industrial Corporations".

Pour la nourrir, l'organisation a compulsé les rapports financiers de grandes entreprises internationales de quinze secteurs industriels clés: aéronautique et défense; aluminium; automobile; ciment; chimie; engrais; verre et céramiques; machinerie lourde; semi-conducteurs; construction navale; panneaux photovoltaïques; acier; équipements de télécommunications; matériel roulant; éoliennes.

"Depuis deux ans, la base est partagée de manière confidentielle" avec les gouvernements des 38 pays membres de l'organisation, explique un autre expert de l'OCDE.

Pour la première fois lundi, une "version agrégée qui anonymise les entreprises" mais reposant sur les mêmes données a été rendue publique. Elle montre que le soutien aux industries a atteint, avec 108 milliards de dollars en 2024, un plus haut niveau depuis la crise des subprimes en 2008.

Prêts très avantageux

Et le constat est sans appel: les entreprises chinoises, qui dominent l'industrie manufacturière mondiale, sont beaucoup plus subventionnées que leurs concurrentes nord-américaines ou européennes.

Les aides se font via des aides directes, via des allègements fiscaux mais aussi par des prêts à des taux très avantageux, "en général accordés par des institutions financières publiques", explique une experte de l'OCDE.

Cela donne aux entreprises chinoises davantage de marge de manoeuvre financière pour investir dans de nouveaux sites de production, de temps pour parvenir à la rentabilité, ou de résistance aux vents contraires.

Les aides ont aussi entraîné des surcapacités de production dans certains secteurs, tirant les prix mondiaux vers le bas au détriment des autres acteurs internationaux.

Dans certains secteurs, comme le solaire ou les semi-conducteurs, le niveau de soutien public peut atteindre au global jusqu'à plus de 3% du chiffre d'affaires des entreprises sur la durée 2005-24, mettent en évidence les données de l'OCDE.

Tonneau des Danaïdes

Dans les secteurs étudiés, qui sont clés car à la base de pans entiers de l'économie mondiale, ces subventions dessinent les marchés mondiaux, permettant aux entreprises chinoises de se tailler des parts de marché gigantesques dans les panneaux solaires, l'acier ou la construction navale.

L'OCDE estime que "près de 60% des gains des parts de marché mondiales" des entreprises chinoises sur la période 2005-2024 "peuvent être expliqués par les aides publiques reçues".

Dit autrement, ce n'est pas parce que les entreprises chinoises sont meilleures que leurs compétitrices américaines ou européennes qu'elles gagnent les marchés, mais avant tout grâce à ce soutien public sans commune mesure.

Les gouvernements allemand, français, australien, américain, japonais, israélien ou britannique - parmi la liste des membres de l'OCDE - peuvent toujours tenter de combler l'écart en subventionnant leurs propres champions.

Mais au vu des conditions dont bénéficient les entreprises chinoises, ce soutien peut s'apparenter à remplir le tonneau des Danaïdes.

"Ce n'est pas un problème que l'on peut résoudre chacun de son côté", conclut un expert de l'OCDE en soulignant l'importance de la coopération internationale.

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