Une enquête, menée fin 2025 par l'Université du Sussex (Angleterre) et l'institut allemand Fraunhofer pour la recherche sur les systèmes et l'innovation (ISI) auprès de 74 entreprises de l'industrie automobile allemande, conclut que le renoncement au tout-électrique en 2035 pourrait "sanctionner" celles "qui sont le mieux positionnées dans la course mondiale à l'innovation".
Face à la crise que traverse le secteur automobile en Europe, l'UE a renoncé en décembre à imposer aux constructeurs de ne vendre que des véhicules électriques à partir de 2035, poussée notamment par l'Allemagne et sa branche en crise.
D'après l'étude publiée mardi, l'industrie automobile allemande est "partagée" sur cette mesure.
Les "pionniers", qui représentent plus de 60% des entreprises interrogées et ont déjà massivement réorienté leurs ressources vers l'électromobilité, souhaitent maintenir l'interdiction à l'échéance prévue.
A l'inverse, les "retardataires" - près de 40% des entreprises sondées - qui ne sont qu'au début de leur mutation, estiment que le renoncement européen ne va pas assez loin et plaident pour un assouplissement, voire une suppression de l'objectif du 100% électrique.
Selon les auteurs de l'étude, Berlin a trop privilégié les intérêts des "retardataires", au détriment des "pionniers innovants", et le renoncement européen "gâche" ainsi l'opportunité pour l'industrie automobile allemande de "prendre une position de leader" dans la course à l'électromobilité.
Au moment où l'Allemagne et l'UE débattent des normes d'émissions et de la sortie des moteurs thermiques, il faudrait "prendre au sérieux les entreprises qui ont déjà investi dans l'électromobilité", estime la professeure Karoline Rogge, de l'Université du Sussex, citée dans un communiqué.
De fait, les entreprises décident d'investir dans la transition électrique si elle accordent assez de "crédibilité à l'ensemble des politiques publiques", pointent les auteurs de l'étude.
Or, cette crédibilité fait encore défaut au gouvernement du conservateur Friedrich Merz, au pouvoir depuis un an, qui a largement contribué à l'abandon européen de l'interdiction des moteurs thermiques.
Au niveau national, pour relancer des ventes de voitures électriques trop faibles, Berlin a réintroduit en janvier une prime à l'achat à destination des ménages les plus modestes, allant jusqu'à 6.000 euros. Un coup de pouce qui peut aussi servir à acheter des modèles hybrides.