Les administrateurs indépendants de Renault soutiennent Ghosn contre Macron

Les administrateurs indépendants de Renault ont affirmé jeudi que les droits de vote double à l'assemblée générale du groupe automobile, déjà entérinés, pouvaient "déstabiliser" son alliance avec Nissan, en pleines tensions avec le gouvernement français à ce sujet.

"La loi Florange a expressément laissé aux entreprises le choix d'adopter des droits de vote double ou de maintenir des droits de vote simple. En conformité avec cette loi, et nullement en cherchant à s'en affranchir, le conseil d'administration de Renault a recommandé à l'assemblée générale le maintien des droits de vote simple", ont indiqué ces dix administrateurs dans un communiqué.

Lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe automobile français, en avril, une résolution visant à empêcher chez Renault l'application de la loi Florange, qui récompense les actionnaires de long terme par des droits de vote double, n'avait pas recueilli la majorité qualifiée nécessaire.

Il s'agissait d'une victoire pour le gouvernement, qui était monté - temporairement selon lui - de 15 à 19,7% au capital de la société pour imposer ses vues. Il disposera donc de droits de vote double lors de la prochaine AG, prévue en 2016.

Les administrateurs indépendants, tout en se défendant de vouloir "polémiquer sur les déclarations qui peuvent être faites sur l'avenir du groupe", ont estimé que l'alliance est "essentielle pour la pérennité de Renault et l'adoption des droits de vote double de nature à la déstabiliser".

Renault et Nissan sont liées par des participations croisées: le groupe au losange détient 43,4% du constructeur japonais, et ce dernier 15% du français.

Cependant, au titre de règles sur "l'autocontrôle" - aux termes du code du commerce français, une société en contrôle une autre lorsqu'elle détient au moins 40% de ses parts -, les parts de Nissan ne lui confèrent pas de droit de vote à l'AG de Renault.

Le coup de force du gouvernement a provoqué l'ire de Renault et de Nissan. Ces dernières semaines, les rumeurs ont enflé sur la possibilité que Renault passe sous la barre des 40% de Nissan, afin de débloquer les droits de vote du japonais chez Renault, voire que Nissan monte au capital de son partenaire pour contrer l'influence de l'Etat.

Nissan, qui traversait de graves difficultés quand l'alliance a été nouée en 1999, "pèse" aujourd'hui 42 milliards d'euros en Bourse, contre 17,6 milliards pour l'entreprise française.

Mardi, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron avait réfuté vouloir déstabiliser l'alliance,et avait prévenu que l'Etat n'était pas un actionnaire "au rabais", alors que Nissan s'est dit "inquiet" de cette influence renforcée.

© 2015AFP