Le diesel, qui passe pour être jusqu'à 30% plus efficace que l'essence en matière de rendement, s'est considérablement développé en Europe à partir des années 1990 en raison de politiques fiscales avantageuses et visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone (Co2).
Mais aux Etats-Unis, où les taxes sur les carburants sont beaucoup moins élevées, les automobilistes se sont toujours montrés réticents à dépenser plusieurs milliers de dollars de plus à l'achat pour un véhicule susceptible de leur faire économiser sur le long terme.
Les constructeurs de leur côté se sont retrouvés confrontés à des normes d'émissions polluantes plus sévères qu'en Europe, notamment dans certains Etats comme la Californie. Le diesel rejette plus d'oxyde d'azote (NOx) et de particules fines qu'un moteur à essence.
Volkswagen et d'autres constructeurs allemands comme Mercedes-Benz ne se sont toutefois pas découragés et commercialisent depuis une dizaine d'années des véhicules aux Etats-Unis sous le label "clean diesel" (diesel propre) avec des technologies toutefois différentes.
Si le succès commençait à poindre, la révélation en septembre que quelque 600.000 Volkswagen diesel étaient équipées d'un logiciel truqueur pour déjouer les normes anti-pollution américaines lors des tests est venue jeter les bâtons dans les roues de cette politique commerciale.
"Les véhicules hybrides (essence/électricité) vont bénéficier du ralentissement de la pénétration du diesel", estime Pierpaolo Cazzola, expert en technologies de l'énergie auprès de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE). "Le scandale n'est pas seulement néfaste pour Volkswagen, il l'est aussi pour la technologie du diesel", affirme-t-il.
Allen Schaeffer, directeur-exécutif du "Diesel Technology Forum", soutenu par l'industrie automobile, concède que cette technologie va être "abîmée" par le scandale VW mais affirme que le diesel va tripler ses parts de marché aux Etats-Unis (de l'ordre de 3% actuellement pour les voitures) en raison des nouvelles normes d'économies d'énergie qui vont jouer en sa faveur.
Et lundi matin, au salon de Detroit, l'association des constructeurs allemands (VDA) a assuré qu'elle allait continuer à défendre le diesel aux Etats-Unis.
En 2016, plus de 54 modèles différents équipés de moteur diesel seront proposés aux Etats-Unis contre 15 l'an passé avec l'arrivée de marques comme Jaguar.
Valable pour les gros pick-ups
Les constructeurs américains comme General Motors, et le français Peugeot, ont essayé dans les années 1980 de populariser le diesel aux Etats-Unis face à la hausse des prix du carburant. Mais les véhicules ont vite acquis la réputation d'être sales, bruyants et polluants avec une fiabilité parfois aléatoire.
Le diesel "ne comptait pas vraiment avant (l'affaire Volkswagen), et ça ne compte pas maintenant", affirme Jack Nerad, expert chez Kelley Blue Book (KBB).
"C'est une niche", a répété lundi le patron de Daimler, Dieter Zetsche. Il dit penser que ces moteurs "continueront à équiper entre 5 et 10% des berlines et entre 15 et 20% des 4x4" Mercedes aux Etats-Unis.
Le chef des ventes de BMW, Ian Robertson, évoque une part de marché du diesel de 4% dans sa gamme américaine, mais n'envisage pas de renoncer à ce carburant. "Nous allons observer ce qui se passe, mais nous pensons que ça vaut toujours le coup" de conserver des diesel, affirme-t-il.
Pour certaines catégories de véhicules comme les camions et les véhicules utilitaires, le diesel reste une solution, tout comme les modèles de haut de gamme qui doivent recourir à de l'essence à fort taux d'octane et donc plus chère.
C'est le pari de Jaguar Land Rover (groupe Tata) qui a lancé en septembre dernier -au moment où éclatait le scandale VW- des modèles de son 4x4 de ville Range Rover avec une motorisation diesel. La marque vise jusqu'à 15-20% de ventes pour ses modèles diesel en 2016, souligne son porte-parole Nathan Hoyt.
Nissan s'apprête aussi à diffuser son énorme pick-up Titan XD avec un V8 diesel. Les acheteurs d'un tel véhicule "veulent du couple pour certaines applications (...) nous ne prévoyons pas de changer de stratégie", affirme à l'AFP le président de Nissan pour l'Amérique du Nord, Jose Muñoz.
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