Près de trois ans après son passage en fanfare dans le giron de l'alliance franco-japonaise dans un contexte de forte croissance, Avtovaz, numéro un du marché russe, plombe les comptes de ses partenaires et leur demande de le renflouer, mettant sa survie dans la balance.
"Sans poursuite du soutien des actionnaires pour faciliter le refinancement de la dette du groupe et sécuriser de nouveaux crédits, la situation financière et du marché crée une incertitude qui met sérieusement en doute la capacité du groupe à opérer", prévient le constructeur dans son rapport annuel.
Renault a confirmé des discussions avec les autres actionnaires (Nissan mais aussi la holding publique russe Rostec) en vue d'une "recapitalisation".
Sans attendre, le constructeur russe a indiqué dans un communiqué publié à l'occasion de ses résultats annuels "activer la mise en oeuvre du plan anticrise destiné à améliorer les résultats financiers en 2016", qui soumettra notamment dès lundi tous les employés, y compris la direction, à la semaine de quatre jours.
L'industriel a enregistré l'an dernier une perte nette de 73,8 milliards de roubles (823 millions d'euros), le triple de celle de 2014. Sa perte d'exploitation a été multipliée par 4,5, à 66,8 milliards de roubles (740 millions d'euros).
Son chiffre d'affaires a baissé de 8% à 176,5 milliards de roubles (1,9 milliard d'euros), ce qu'Avtovaz relativise au vu de la chute de 36% des ventes de voitures neuves l'an dernier au total en Russie, soulignant avoir même augmenté sa part de marché à 17,9% contre 16,4% en 2014.
La chute du rouble, synonyme de hausse des coûts et des taux d'intérêt, et la récession économique, accompagnée d'une baisse du pouvoir d'achat, ont provoqué une déroute du marché automobile russe qui avait pourtant atteint en 2012 un niveau record qui le hissait à la deuxième place en Europe après l'Allemagne. La récente dégradation des cours du pétrole, dont l'économie russe est très dépendante, a convaincu les constructeurs qu'une nouvelle année de baisse était à prévoir malgré les aides au secteur promises par le gouvernement.
Situation sociale sensible
Face à cette situation, le groupe liste une série de mesures de redressement. Outre le recours au temps partiel, il cite notamment des réductions des coûts administratifs, le développement de sa gamme après avoir lancé deux modèles l'an dernier, ainsi que la restructuration de la base de ses sous-traitants.
Il cite une "optimisation de la main-d'oeuvre" sans plus de détail, mais le sujet est sensible. Le groupe basé à Togliatti, sur la Volga, traverse depuis la crise de 2008-2009 une radicale modernisation qui a vu sa dette baisser, des lignes de production ouvertes à certains modèles Renault, Nissan et Datsun, mais aussi des dizaines de milliers d'emplois supprimés. Il emploie actuellement 44.000 personnes contre plus de 100.000 en 2009.
Le mouvement a été douloureux pour cette ville rebaptisée à l'époque soviétique du nom du communiste italien Palmiro Togliatti quand l'usine automobile a été construite en coopération avec Fiat. Les licenciements se sont poursuivis ces deux dernières années avec l'arrivée à la tête d'Avtovaz de Bo Andersson, un Suédois qui a fait une grande partie de sa carrière à General Motors.
Cet automne, le patron de Rostec (25% du capital d'Avtovaz), Sergueï Tchemezov, a reproché publiquement à M. Andersson de mettre les ouvriers à la porte: "Il s'agit probablement d'une pratique courante en Europe mais nous pensons qu'il ne faut pas agir de la sorte".
Depuis, le constructeur a dit vouloir privilégier le temps partiel.
"Vu les programmes d'investissements et le lourd endettement, il est actuellement difficile pour l'entreprise de se financer" mais "les actionnaires ne permettront pas une faillite", juge Vladimir Bespalov, analyste de VTB Capital.
Mais pour un redressement financier, "Avtovaz a besoin que le marché renoue avec la croissance: tant que l'entreprise ne pourra pas augmenter les volumes, la situation sera difficile", prévient-il.
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