Tricherie VW: le parlement enquête sur le gouvernement !

Une commission d'enquête parlementaire a débuté jeudi ses travaux pour déterminer les responsabilités du gouvernement allemand dans le scandale des émissions polluantes, déclenché par la manipulation par Volkswagen de ses moteurs diesel.

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Créée à l'initiative de l'opposition (Verts et Linke) mais composée aussi de députés de la coalition au pouvoir entre conservateurs (CDU-CSU) et sociaux-démocrates (SPD), cet organe examinera les agissements depuis 2007 du gouvernement allemand, dirigé par la chancelière Angela Merkel, face aux dépassements par les constructeurs automobiles du seuil autorisé d'émissions polluantes.

"Nous voulons savoir pourquoi le gouvernement a fermé les yeux aussi longtemps alors qu'il existait de nombreux indices que les voitures ne respectaient pas les seuils autorisés sur la route", a expliqué avant la mise en place de la commission Herbert Behrens (Linke, extrême-gauche), son président.

"Ce sont des questions importantes qui concernent des millions de gens", a-t-il souligné en ouvrant dans l'après-midi la séance constitutive de cette commission d'enquête, composée de huit membres.

Il s'agit seulement de la cinquième commission d'enquête parlementaire de la législature actuelle, débutée en 2013. Les précédentes ont concerné par exemple le terrorisme d'extrême-droite de l'organisation NSU, ou les pratiques d'espionnage des services secrets.

"La seule législature ayant connu davantage de commissions d'enquête parlementaires est celle qui a débuté en 1949", a indiqué le président du Bundestag allemand, Norbert Lammert (CDU).

La création de cette nouvelle commission fait suite au scandale qui a éclaté en septembre dernier, lorsque le géant européen de l'automobile Volkswagen a dû reconnaître avoir manipulé un logiciel installé sur 11 millions de véhicules diesel pour pouvoir faire passer ces derniers, lors de contrôles, pour moins polluants qu'ils ne le sont en réalité.

Le "dieselgate" a fait tache d'huile dans l'industrie automobile mondiale et mis au jour une pratique répandue chez certains constructeurs, qui permet au système de filtration des émissions polluantes d'être systématiquement désactivé quand la température extérieure descend sous un certain seuil.

Le chef de file des Verts au Bundestag, Oliver Krischer, cité par l'agence allemande DPA, a dénoncé une "défaillance organisée de l'Etat, ayant rendu possible la fraude et la tricherie d'un secteur entier".

La commission d'enquête devra boucler son rapport avant les prochaines élections législatives, dans le courant de l'année 2017. Elle souhaite savoir ce que Berlin a entrepris concernant le respect des règles sur les émissions polluantes - jugées trop permissives par les associations environnementales - et quand le gouvernement allemand a été mis au courant de la manipulation.

Les auditions de témoins et d'experts ne devraient commencer qu'à la rentrée parlementaire, en septembre.

"Le ministre des Transports (Alexander) Dobrindt sera certainement un témoin parmi beaucoup d'autres, ainsi qu'une ou plusieurs personnes issues du management de Volkswagen", a estimé Dirk Wiese, membre (SPD) de la commission, dans une interview au journal Saarbrücker Zeitung.

Le ministère allemand des Transports a déjà mené une enquête sur les émissions des véhicules diesel, qui a mis au jour en avril des irrégularités concernant 16 marques automobiles, allemandes et étrangères.

Mais ses conclusions "soulèvent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses", selon M. Behrens, le le président de la commission. "Le vrai travail d'éclaircissement commence seulement aujourd'hui", a-t-il affirmé dans une déclaration écrite.

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