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Tokyo : le DG de Nissan décrit les dérives du pouvoir sous l'ère Ghosn

Constructeurs

"Nous essayions seulement de jouer des mélodies qui plaisaient à notre chef": le directeur général de Nissan a témoigné mercredi au procès à Tokyo d'un ancien collaborateur de Carlos Ghosn, et a décrit une dérive du groupe sous son règne.

Au fil des ans, Carlos Ghosn "a cessé d'écouter les autres et leur a simplement montré la direction qu'ils devaient suivre", a déclaré Makoto Uchida, DG depuis 2019 du constructeur automobile nippon Nissan, où il est entré en 2003.

Ses lieutenants craignaient de lui tenir tête, car "vous risquiez de compromettre votre carrière si vous tentiez cela", a-t-il ajouté.

Le grand patron de Nissan - et aussi de Renault à l'époque - était "un leader charismatique absolu" depuis trop longtemps aux commandes: Nissan était "progressivement devenu un endroit où les employés voulaient seulement satisfaire le patron", a décrit M. Uchida.

M. Ghosn exerçait aussi un pouvoir absolu et opaque sur les rémunérations des plus hauts responsables de Nissan, a encore souligné le directeur général.

Carlos Ghosn avait été arrêté fin 2018 au Japon pour malversations financières présumées chez Nissan. Mais il a fui fin 2019 au Liban dans des circonstances rocambolesques, alors qu'il était en liberté sous caution en attendant d'être jugé.

Hors d'atteinte de la justice japonaise au Liban, M. Ghosn ne peut pas non plus être jugé par contumace au Japon.

Le premier procès qui l'attendait s'est malgré tout ouvert à Tokyo en septembre 2020, pour juger l'accusé restant: Greg Kelly, un ancien collaborateur de M. Ghosn qui avait été arrêté le même jour que lui.

M. Kelly est accusé d'avoir délibérément et illégalement omis de mentionner dans des rapports boursiers de Nissan des dizaines de millions d'euros de rémunérations que M. Ghosn devait toucher ultérieurement. Il encourt jusqu'à dix ans de réclusion.

M. Kelly clame son innocence depuis le début, assurant que rien n'était gravé dans le marbre. Nissan, qui est également jugé dans cette affaire en tant que personne morale, plaide coupable.

Deux journées d'audience sont encore prévues cette semaine, mais le procès pourrait se prolonger au-delà.

M. Uchida s'est de nouveau excusé vendredi au nom de Nissan pour "tout le trouble que nous avons causé" aux actionnaires, partenaires, employés et clients du groupe.

La transparence au sommet de l'entreprise a été considérablement renforcée depuis cette crise, a-t-il affirmé: "Les décisions sur le personnel et les rémunérations ne peuvent plus être prises par le président seul".

"Mais changer le système et les mécanismes ne suffit pas. Nous devons changer l'esprit et la culture d'entreprise", en encourageant tous les salariés du groupe à s'exprimer librement, selon M. Uchida.

etb/mac/eb

© 2021AFP