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Renault dans le viseur des agences de notation

Constructeurs

A peine sorti de la tempête Ghosn, Renault est dans le collimateur des agences de notation qui s'inquiètent de de ses perspectives financières après l'annonce des premières pertes du groupe depuis 2009.

S&P a placé mercredi "sous surveillance avec implication négative" la note BBB- de Renault en prévenant qu'elle pourrait baisser d'un cran.

Elle emboîterait ainsi le pas à Moody's, qui a dégradé mardi Renault en catégorie spéculative.

"Alors que nous considérons que Renault a gardé une bonne flexibilité financière grâce à des réserves de liquidités confortables, plusieurs défis opérationnels pourraient encore peser sur sa génération de trésorerie disponible au cours des 18 à 24 mois à venir", explique S&P dans son communiqué, soulignant le contexte de "faiblesse de la demande" et de "renforcement des régulations environnementales" dans le secteur automobile.

La direction du groupe n'a pas souhaité commenter les annonces de ces agences, dont les notations peuvent déterminer des conditions de financement plus ou moins favorables.

L'action du constructeur automobile perdait 0,60% vers 13H00 à la Bourse de Paris. Depuis le début de l'année, elle accuse un recul de 28%, le plus important parmi les entreprises de l'indice vedette CAC 40.

Moody's avait sanctionné mardi soir la faible performance opérationnelle de Renault en 2019, en baissant sa propre note à long terme d'un cran, à Ba1, en se fondant sur les prévisions publiées pour 2020 par l'entreprise, "qui anticipe un nouveau recul de la marge opérationnelle du groupe".

 

Le groupe va "rester sous pression"

Le groupe va rester "sous pression" durant les prochaines années, du fait du renforcement de la réglementation européenne sur les émissions de CO2 et de la moindre rentabilité de la politique d'électrification de sa gamme, a-t-elle expliqué.

Vendredi, le constructeur a annoncé avoir accusé l'an dernier sa première perte nette depuis 2009. Ces mauvais résultats se traduiront par un vaste plan d'économies qui pourrait entraîner la suppression d'usines.

"Nous n'avons aucun tabou et nous n'excluons rien", a déclaré la directrice générale par intérim, Clotilde Delbos, interrogée lors d'une conférence de presse sur la possibilité que des usines en France ou dans le monde puissent être fermées pour redresser l'entreprise.

Le groupe avait annoncé plus tôt une perte nette de 141 millions d'euros sur 2019, affectée par le recul de ses ventes et de sa rentabilité opérationnelle, dans un marché mondial en baisse.

Il subit aussi la chute de la contribution financière de Nissan, son allié japonais en difficulté, et l'abandon d'une créance fiscale en France se traduisant par une charge de 753 millions d'euros.

Le groupe a vu ses volumes reculer de 3,4% l'an dernier à 3,75 millions de véhicules.

Pour 2020, dans un marché mondial toujours baissier, Renault anticipe une nouvelle dégradation de sa rentabilité opérationnelle.

Renault entend s'appuyer sur le partenaire Nissan, dont il détient 43%, pour faire des économies. L'alliance a souffert dans la foulée de l'affaire Carlos Ghosn, son ancien dirigeant arrêté et inculpé pour des malversations présumées au Japon, pays dont il s'est spectaculairement enfui fin décembre pour se réfugier au Liban.

Après des mois de crise, les deux groupes entendent mettre davantage en commun leurs technologies et leurs usines pour dégager des économies d'échelle qui se font attendre depuis des années.

Vendredi, un nouvel épisode de la rocambolesque affaire Ghosn se déroulera devant le conseil de prud'hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

M. Ghosn y réclamera, par avocats interposés, une indemnité de départ à la retraite de 250.000 euros après avoir été contraint de quitter ses fonctions de PDG de Renault le 23 janvier 2019, quand il était en prison au Japon.

sw/tq/nth

© 2020AFP