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Que va devenir l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ?

Constructeurs

Il était le ciment de l'une des rares alliances internationales réussies de l'histoire automobile: que va devenir Renault-Nissan-Mitsubishi, à présent que son pilote Carlos Ghosn, arrêté sur des soupçons de malversations financières, est écarté? Quelques pistes.

Continuité dans les affaires courantes

Au niveau opérationnel, ce mariage à trois qui constitue le premier groupe automobile mondial "continue de fonctionner car tout le monde y gagne", explique Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem.

L'Alliance, ce sont des usines partagées, qui accueillent des produits de l'une ou l'autre marque, ce sont des plateformes communes utilisées par les différents partenaires pour assembler leurs voitures, des achats en commun pour faire baisser les coûts, et des équipes d'ingénieurs qui travaillent sur le développement de produits futurs.

Tous ces partenariats sont aujourd'hui assurés et ne sont en aucune façon remis en cause, d'après les prises de position répétées du côté français comme du côté japonais.

Pour chacun des partenaires, le pilotage exécutif est assuré. Chez Renault, l'intérim est confié au numéro deux Thierry Bolloré, bien que Carlos Ghosn reste formellement PDG. Chez Nissan, qui a limogé le Franco-Libano-Brésilien de la présidence du conseil d'administration, les rênes sont tenues par Hiroto Saikawa.

"L'alliance c'est Renault plus Nissan. Donc, si Renault fonctionne et Nissan fonctionne, le travail quotidien continue", explique-t-on à Paris.

Cependant, le groupe, incarné juridiquement par la société Renault-Nissan b.v. (RNBV) basée aux Pays-Bas, détenue à parité par les deux constructeurs, et dont Carlos Ghosn était PDG, est désormais sans leader et ne peut plus exercer la mission définie dans ses statuts: "élaborer la stratégie et la planification à moyen et long terme".

 

La réflexion à long terme est gelée

"Le prochain mandat va au-delà de s'assurer que les entreprises sont performantes", avait déclaré en février Carlos Ghosn à l'AFP. "Il faut continuer à alimenter l'alliance avec de nouvelles initiatives", avait-il ajouté.

Renault détient 43% de Nissan, qui lui-même possède 15% de Renault (mais sans droit de vote) et 34% de Mitsubishi. Juridiquement, le pouvoir est bien aux mains de Renault, ce qui n'est pas sans susciter des rancoeurs au Japon.

Nissan pèse près de deux fois plus que Renault en Bourse. Mais le pilotage est assuré par les Français depuis que la marque au losange a sauvé le constructeur japonais de la faillite en 1999.

Un rapport de force compliqué, surtout dans l'hypothèse d'une fusion pure et simple de Nissan et Renault, un scénario régulièrement évoqué dans la presse ces derniers mois, mais qui va à l'encontre de la volonté japonaise de regagner de l'influence.

Autre frein majeur à une fusion: la présence de l'État français, actionnaire à 15% de Renault, au capital de l'entité nouvellement créée. "Au Japon, cela n'existe pas, c'est une autre vision du capitalisme. Ce serait perçu comme une ingérence d'un pays étranger au sein d'une grande entreprise", explique Flavien Neuvy.

L'équation est si compliquée qu'un statu quo n'est pas à exclure.

 

Quel pilotage?

Si les affaires courantes sont expédiées, il faudra pourtant trouver un successeur à Carlos Ghosn pour coordonner l'ensemble franco-japonais, prendre les décisions stratégiques, et continuer les travaux sur l'avenir de sa structure.

Thierry Bolloré pourrait-il diriger à la fois Renault et l'Alliance? Pas sûr que le scénario soit accepté côté japonais, après que le patron de Nissan a dénoncé publiquement la trop grande "concentration" selon lui des pouvoirs aux mains de Carlos Ghosn.

La succession s'annonce comme un casse-tête, tant le profil semble complexe. Une chose est sûre: d'après les statuts de l'alliance, le PDG de l'entité enregistrée aux Pays-Bas est nommé par Renault, alors que Nissan choisit le vice-président.

"La réalité, c'est qu'on cherche déjà un remplaçant. Ne pas le faire serait irresponsable", indique une source proche du dossier à Paris. "Il faut quelqu'un de nippon-compatible et de franco-compatible", ajoute-t-elle.

Le choix passera par un dialogue apaisé entre Français et Japonais. Après le choc de l'arrestation du début de semaine, chaque partie a, d'une certaine façon, donné des gages de bonne volonté.

L'Elysée a ainsi rejeté l'idée d'une "machination" orchestrée par Nissan pour faire exploser le fragile attelage. Quant au constructeur japonais, il a certes limogé Carlos Ghosn, mais sans nommer immédiatement de nouveau président du conseil d'administration.

aro-sch/aue/jul

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