Mobilians, Via ID et Roland Berger font l’état des lieux des startups françaises de la mobilité

Ce mercredi 28 février, Mobilians et Via ID, cofondateurs du Moove Lab - l'accélérateur des startups de la mobilité et de l'automobile de Station F - et le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger, présentent la première édition de l'Observatoire des startups françaises de la mobilité. L’objectif ? Offrir une analyse des levées de fonds réalisées par les startups françaises de la mobilité et la mettre en perspective avec les mégatendances qui transforment l'écosystème historique de la mobilité et de l'automobile.

Dans le cadre de sa mission d’anticipation des évolutions du secteur, le Moove Lab a annoncé en 2023 le lancement de l’Observatoire des startups françaises de la mobilité. Pour réaliser cette étude, le Moove Lab s’est associé au cabinet Roland Berger.

« L'Observatoire a pour mission de mettre en lumière les acteurs qui transforment le paysage des mobilités en France, des acteurs représentés par Mobilians. C’est un éventail diversifié de startups et de jeunes pousses aux idées révolutionnaires qui repensent la manière dont nous nous déplaçons au quotidien. Leurs innovations façonnent un avenir où la mobilité devient synonyme de durabilité, d'efficacité et de connectivité. Cette première édition offre des insights stratégiques, des tendances émergentes aux success stories inspirantes. » indique Xavier Horent, Délégué Général de Mobilians.

Un des premiers enseignements de cette analyse des levées de fonds est le rôle important joué par le Moove Lab. En effet, les startups accélérées par le programme représentent un quart des levées Early Stage1en 2022 et 2023 (par exemple : Beev, Flitter, Loewi, TOLV, Nelson, ProovStation, Betterway, Zenride, etc.). Cette contribution du Moove Lab souligne l'impact positif des programmes d'accélération sur le développement financier des jeunes pousses du secteur de la mobilité en France.

Zoom du secteur des transports vers la mobilité et les services de l’automobile

Dans le cadre de l’Observatoire, deux périmètres ont été étudiés. Le premier périmètre comprend les startups françaises des transports au sens large du terme, soit l’ensemble des solutions, logiciels, produits ou services pour résoudre des problèmes ou améliorer les conditions de circulation des personnes et des marchandises, sur terre, mer ou dans les airs. Le second périmètre analysé, plus resserré, correspond aux startups françaises de la mobilité quotidienne des personnes et aux services de l’automobile (filière aval), secteurs accompagnés par Mobilians et le Moove Lab. Cette catégorie couvre l’ensemble des segments suivants : Automobile servicielle, Sécurité routière, Commerce automobile & distribution d'énergie, MaaS & smart city, Cycles & micromobilités, Maintenance & réparation, Economie circulaire et Services financiers (Fintech/Assurtech).

En se penchant sur une analyse approfondie, à la fois qualitative et quantitative, du paysage des startups dans les domaines de la mobilité et de l'automobile, nous nous sommes fixés comme objectif de démystifier les innovations et les tendances du secteur en pleine croissance. L’Observatoire accorde une attention particulière aux levées de fonds de l’année passée et au décryptage des principaux phénomènes”, explique David Schwarz, CEO de Via ID.

Startups du secteur des transports : un des rares secteurs dont les levées de fonds sont en croissance dans un contexte de forte contraction du capital-risque en France

Les levées de fonds dans le secteur des transports en France ont enregistré une augmentation significative de 12% entre 2022 et 2023, atteignant un record de 1,9 milliard d'euros malgré la contraction générale du capital-risque dans le pays, en reflux de 43% sur la même période. Cette résilience du secteur des transports s’explique entre autres par la qualité de son écosystème entrepreneurial, et parce qu’il s'inscrit dans des enjeux stratégiques tels que la deep tech et le climat.

Le segment des levées de fonds Early Stage fait preuve d'un dynamisme certain, et affiche une croissance de 33% par rapport à l’année 2022. Cependant, la relative faiblesse du Growth Stage2, accentuée par la baisse des valorisations, pose un défi pour le secteur. En même temps, le Late Stage3 est stimulé par deux importantes levées de fonds, liées à une gigafactory (Verkor) et à des bornes de recharge électrique (Driveco, Swish, E-TOTEM), soulignant les besoins en capital élevés pour des projets industriels et d'infrastructures.

Cette performance confirme la position solide de la France en tant que second écosystème d'innovation dans les transports en Europe, juste derrière le Royaume-Uni, alors que la plupart des pays européens font face à un ralentissement des levées de fonds. Les startups spécialisées dans l'électrification des transports ont émergé comme le moteur principal de cette croissance, représentant 73% des fonds levés, contre seulement 13% en 2019.

L'écosystème des startups dans le secteur des transports se concentre principalement à Paris et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes occupant une solide deuxième position en termes de montants levés au cours de dix dernières années, portée par l'écosystème de la deep tech grenoblois. Cinq autres régions (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire, et Hauts-de-France) ont des écosystèmes ayant levé plus de 100 millions d'euros sur la même période.

“Comme le démontre le dynamisme des levées de fonds réalisées en 2023, le secteur de la mobilité est très prisé des investisseurs. L’essor de l’électrification joue un rôle majeur dans son développement et devrait se poursuivre dans les années à venir. Nous sommes fiers de la création de cet observatoire qui a pour but de devenir un véritable baromètre du secteur de la mobilité en France, et permettra de suivre de près son évolution.”, conclut Olivier Hanoulle, Partner Automotive au sein du cabinet Roland Berger.

Bpifrance est le premier investisseur dans l'écosystème des startups françaises du secteur des transports en 2023, suivi par l'EIT Urban Mobility, acteurs européen spécialisé dans l‘Early Stage. Des acteurs historiques tels que Via ID, Demeter et la Banque des territoires maintiennent leur influence, tout comme le Crédit Agricole, à travers ses filiales régionales notamment, reste également très actif.

Mobilité et services de l'automobile : des levées de fonds en baisse, mais le Growth & l'Early stage en croissance

Depuis 2019, on constate une augmentation des levées de fonds dans le secteur de la mobilité de 190 %. Cependant en 2023, les levées de fonds marquent une baisse de 30% par rapport à 2022, pour atteindre un montant de 750 millions d'euros, avec un accent particulier sur la recharge électrique.

Le financement des startups de la mobilité connaît une croissance dans le segment Early Stage (+43%) et Growth Stage (+22%) entre 2022 et 2023, avec une augmentation du nombre d'opérations et des montants levés. Le Late Stage affiche une sensible baisse des montants levés, qui s’explique par le faible nombre d'opérations analysées (7 en 2022 et 2023) et ne semble donc pas indiquer un reflux tendanciel des investissements. Une nouvelle hausse pourrait être constatée en 2024 - comme l’indique une première levée de 300 millions d’Electra en janvier 2024.

Alors que le secteur des transports représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre en France, les startups du secteur jouent un rôle crucial dans la décarbonation de la mobilité des Français en développant des modèles basés sur l'économie circulaire et l'usage responsable des ressources naturelles.

Levées de fonds et tendances clés par segment

  • Après une année 2022 difficile, l'écosystème de l'automobile servicielle est à nouveau en croissance en 2023, porté par les acteurs du covoiturage (Karos, Ecov, StadiumGo). A noter également le développement des startups tech qui accompagnent l’électrification et l’optimisation des flottes (Nelson, Pelikan).
     
  • Les startups du commerce automobile et la distribution d'énergie connaissent une croissance forte, principalement portée par les investissements dans la recharge électrique (Driveco, Mob-Energy, e-Totem…), ainsi que quelques levées liées à la digitalisation de la vente de véhicules.

     
  • Le secteur des cycles et micromobilités a connu une forte croissance post-Covid, portés par un usage en forte augmentation et un fort soutien public. A noter entre autres la levée de Pony malgré un contexte global difficile pour les micromobilités partagées et l’émergence de nombreuses nouvelles marques (Bastille, REF Bikes, Gaya).

     
  • Virtuellement inexistantes il y a 5 ans, les levées de fonds dans l'économie circulaire sont en constante progression depuis 2019, atteignant 100M€ en 2023. Un écosystème complet d'acteurs se constitue autour des batteries électriques (Mecaware, VoltR), tandis que le retrofit (TOLV, Qinomic), l’économie de fonctionnalité (Sline, Knave) et le reconditionnement du vélo à assistance électrique (Upway, Loewi, MINT Bikes) se développent également.

Des premières lignes d’horizons pour le futur des startups de la mobilité

Les startups de la mobilité repensent la façon dont nous nous déplaçons au quotidien. Néanmoins, pour créer un impact significatif, ces solutions doivent s'inscrire dans un écosystème plus vaste qui intègre des pratiques durables. Une accélération des investissements - notamment en direction de l'économie circulaire et plus particulièrement sur le remanufacturing et l'entretien-réparation-recyclage des batteries - encouragerait l'émergence d'innovations holistiques, combinant des modèles de mobilité novateurs avec des pratiques éco-responsables, pour répondre de manière plus efficace aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques auxquels notre société est confrontée. Pour bâtir un avenir durable compatible avec l’ambition européenne de neutralité carbone d’ici 2050, les pouvoirs publics et les investisseurs devraient soutenir simultanément l'innovation dans la mobilité partagée et l’économie circulaire.

Les pouvoirs publics jouent un rôle déterminant dans le soutien aux startups de la mobilité. Le renforcement de l'ambition des pouvoirs publics envers les startups de la mobilité peut prendre la forme de politiques fiscales incitatives. En outre, le soutien actif des pouvoirs publics aux startups de la mobilité contribue à renforcer la compétitivité nationale et à positionner le pays en tant que leader dans le domaine de la mobilité durable. Une attention toute particulière doit par ailleurs être apportée sur les levées en Growth et Late stage, périodes décisives pour la montée en puissance des nouveaux champions français de la mobilité.

L’Etat devrait également garantir un cadre réglementaire stable et à même de soutenir l’innovation sur plusieurs années. Il est à souhaiter la reconduction des dispositifs existants et/ou la mise en place d’aides nouvelles à l’investissement dans le cadre de France 2030, avec une attention particulière portée à l’accès des sous-traitants et des PME.