Maserati, plutôt discret ces dernières années, a convoqué pendant deux jours quelques centaines de journalistes et invités triés sur le volet à Modène (nord), son siège.
Mercredi soir, dans un show à l'américaine, avec musique électronique, sono puissante, écran géant et jeux de lumières, la marque au Trident a dévoilé sa nouvelle "Supercar", la MC20, une sportive de luxe aux portes en élytre, pivotant vers le haut.
"Nous retournons sur la piste de course, là où tout a commencé pour nous. Avec la MC20, nous posons la pierre angulaire pour construire le futur de Maserati. C'est le début d'une nouvelle ère", a lancé Davide Grasso, le patron de Maserati, marque de l'italo-américain Fiat Chrysler (FCA).
La MC20 a une puissance de 630 chevaux grâce au nouveau moteur Nettuno, un V6 bi-turbo permettant de passer de 0 à 100 km/h en 2,9 secondes et d'atteindre une vitesse de pointe de 325 km/h.
Moteur maison
Alors qu'elle utilisait ces dernières années des moteurs Ferrari, Nettuno signe "le retour de Maserati à la production de ses propres groupes motopropulseurs après une interruption de plus de 20 ans", s'est félicitée la marque.
La MC20 a été entièrement conçue à Modène, en très grande partie virtuellement.
Cette Supercar, vendue à partir de 216.000 euros en Italie et dont la production débutera fin 2020, n'est qu'un des aspects de la nouvelle stratégie de Maserati.
Le groupe, qui n'avait plus présenté de nouveau modèle depuis 2016 et le SUV (4X4 de luxe urbain) Levante, compte renouveler sa gamme, en lançant au total 13 nouvelles voitures d'ici 2024, dont un SUV baptisé Grecale.
"Tous nos nouveaux modèles seront proposés en version électrique" - avec pour débuter en 2022 la GranTurismo -, utiliseront "les systèmes les plus avancés de connectivité", un nouveau "moteur à combustion inspiré de la technologie de Formule 1", le tout avec "un nouveau programme de personnalisation et de service" à la clientèle, a détaillé M. Grasso.
Le patron de FCA Mike Manley a indiqué jeudi que l'objectif était que Maserati vende plus de 75.000 véhicules par an à horizon 2024-2025, tout en soulignant sa volonté de préserver "l'exclusivité" de la marque.
Perte de vitesse
Il a souhaité que 2020 soit "la dernière année de perte pour Maserati", sur laquelle FCA investit plus de 2,5 milliards d'euros, un chiffre notable visant à relancer ce "joyau de la couronne" au "futur incroyable", selon lui.
Après avoir connu une forte hausse de ses ventes en 2016 (+30%) et 2017 (+22%), avec un pic à 51.500 voitures, Maserati subit depuis une baisse continue: -32% en 2018 et -45% en 2019 (avec seulement 19.300 véhicules).
Et 2020, avec l'épidémie de coronavirus, a été dévastatrice, comme pour tout le secteur.
"Le problème de Maserati est qu'elle se situe entre le luxe (Aston Martin, Bentley...), un segment en difficulté, et le marché des Supercar (Ferrari, Lamborghini...), qui est lui en croissance, avec des carnets de commandes pleins sur six mois ou un an, et qui a su étendre sa gamme vers des modèles destinés à un public plus large", explique à l'AFP Carlo Alberto Carnevale-Maffè, professeur de stratégie à l'Université Bocconi de Milan.
"Elle avait été très bien relancée par Sergio Marchionne (l'ex-patron de FCA), en particulier aux Etats-Unis", mais "Maserati a ensuite connu des hauts et des bas jusqu'à être en crise", souligne-t-il.
La cause? "les modèles proposés, l'affaiblissement de la marque avec la mort de Marchionne et l'arrivée de Mike Manley, dont la priorité a été Jeep", note-t-il.
"Ce lancement peut réveiller Maserati. Mais une marque de luxe ce n'est pas seulement une question de modèles, mais aussi d'image, de réseau de distribution, de services, un ensemble d'éléments subtils qui font d'une voiture de luxe un vrai objet de désir", souligne l'expert.
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