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Les SAM continuent d'occuper leur usine, pour éviter une "vente à la découpe"

Equipementiers

"Il est hors de question qu'on respecte cette décision de justice dans l'immédiat": sommés de quitter ce mardi l'usine de l'équipementier auto qu'ils occupent depuis fin novembre, les salariés licenciés de la SAM demandent des garanties pour éviter un démantèlement du site.

Alors que les mandataires judiciaires ont obtenu en justice leur expulsion, les métallos de la SAM ont signé mardi une nouvelle démonstration de force en rassemblant devant les portes de la fonderie plus d'un millier de sympathisants, dont des élus locaux.

"On ne pourra tourner la page que si on a des garanties", que "l'outil de travail" ne sera pas vendu, a rappelé la représentante CGT des anciens salariés Ghislaine Gistau, très applaudie par la foule.

Joris Lasfargues, 30 ans, dont quatre et demi à la SAM, attend lui aussi "des avancées concrètes" des pourparlers en cours pour "garder les machines en place et, pourquoi pas, voir émerger le projet de reprise" de MH Industries.

Dévoilé par Bercy et la région Occitanie en février, ce projet est à l'étude.

- 134 jours d'occupation -

Si l'occupation tient depuis 134 jours, c'est grâce à une "forte solidarité" des habitants du bassin sinistré de Decazeville (Aveyron), expliquent devant l'usine plusieurs de ces anciens salariés.

Alors que les métallos brandissent des drapeaux rouges de la CGT, les sympathisants arborent sur la poitrine un autocollant "Je suis SAM".

Cette occupation "m'a appris qu'ensemble on est plus fort", raconte, souriante, Christel Rambaut, une ancienne salariée de 48 ans, dont 29 passés à la SAM.

Tout près d'elle, sous le soleil, des salariés découpent des tartes et des gâteaux ou règlent la sono pour accueillir les manifestants. Quelques mètres plus loin, une pancarte collée sur une grille résume la situation: "fermeture de la SAM, mort du bassin" de Decazeville.

Le 29 mars, à la demande des mandataires judiciaires, le tribunal correctionnel de Rodez avait ordonné l'expulsion, avec le "concours éventuel" de la force publique, si les occupants n'avaient pas quitté l'usine mardi à 14h00.

Mais, comme des pourparlers sont en cours entre les ex-salariés licenciés et l'Etat, la préfète de l'Aveyron a exclu d'"agir par la force" tant que ce dialogue "n'est pas rompu".

- Mandataires excédés -

"Je me plaisais dans cette entreprise. J'ai appris énormément de choses. Je veux y rester", témoigne Joris Lasfargues, l'air aussi fatigué que déterminé, tandis que la sono joue à fond "Emmenez-moi" de Charles Aznavour.

Mardi, les anciens salariés ont aussi reçu le soutien d'élus locaux et de la Région Occitanie qui a rappelé sa "détermination à la réussite du projet de reprise" par la voix du conseiller régional PCF Pascal Mazet.

Souhaitant lui aussi que "l'outil de travail soit préservé", le conseiller départemental Christian Tieulié a regretté que "les liquidateurs s'en prennent à des élus qui défendent un territoire".

Les mandataires judiciaires avaient qualifié la semaine dernière d'"irresponsables" les déclarations de plusieurs élus "venant explicitement encourager cette occupation illicite".

Leurs déclarations remettent "en question une décision de justice" et "bafouent des principes fondamentaux qui régissent notre démocratie", avaient-ils encore estimé.

Reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang, la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM), installée sur les hauteurs de Decazeville, a baissé le rideau le 26 novembre dernier, quand le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé la cessation de son activité, après le refus de Renault de soutenir l'unique projet de reprise.

Depuis, des anciens salariés se relaient jour et nuit pour occuper le site. Ils redoutent notamment une vente aux enchères des machines par les mandataires afin de solder les dettes de la SAM, craignant qu'elle décourage la reprise de la fonderie.

Une telle vente constituerait "un nouvel affaiblissement" d'un bassin d'emploi déjà sinistré, souligne Jean-Paul Boyer, porte-parole du collectif Tous ensemble pour le bassin de Decazeville qui regroupe notamment des associations, des élus et des syndicats.

Depuis le début des années 60, ce bassin a notamment connu la fermeture des mines souterraines, de la sidérurgie-métallurgie, de l'exploitation minière à ciel ouvert ou de la maternité, ajoute-t-il.

© 2022AFP