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Le pneu européen écrasé par la concurrence chinoise

Equipementiers

Victimes de la concurrence chinoise, de nombreuses usines de pneumatiques européennes ont fermé leurs portes ces dernières années à l'image de Bridgestone dans le nord de la France, une crise aujourd'hui amplifiée par la pandémie.

"Nous sommes face à une invasion de produits asiatiques à bas prix", alertait il y a un an le directeur Europe de Michelin, Laurent Bourrut, pour expliquer la fermeture de l'usine de La Roche-sur-Yon (Vendée) où travaillaient 619 salariés.

Mercredi, son rival japonais Bridgestone a invoqué les mêmes causes pour justifier la cessation d'activité de son site de Béthune (Pas-de-Calais) qui va entraîner la disparition de 863 emplois.

Freinées par un marché automobile arrivé à maturité, les ventes de pneumatiques stagnent depuis plus de dix ans en Europe. Dans ce contexte, l'arrivée des marques asiatiques à bas coûts, notamment chinoises, comprime les prix et les marges en créant des surcapacités de production.

La crise sanitaire et ses graves conséquences économiques n'arrangent rien. Le président de la Plateforme automobile (PFA) Luc Chatel, estime "à 60.000 a minima le nombre d'emplois menacés" soit 15% des 400.000 emplois de la filière automobile. Des experts évoquent plus de 100.000 emplois menacés en Allemagne.

Un éventuel Brexit sans accord commercial entre l'UE et le Royaume-Uni à la fin de l'année constituerait une nouvelle catastrophe s'ajoutant à une crise structurelle.

La part de marché des producteurs asiatiques est passée de 6% à 25% entre 2000 et 2018, a expliqué mercredi à l'AFP Laurent Dartoux, président et directeur général de Bridgestone Europe Afrique et Moyen-Orient.

Au détriment des fabricants historiques. Le manufacturier japonais souffre actuellement d'une "surcapacité de production structurelle de 5 à 6 millions de pneumatiques", estime ainsi M. Dartoux.

"On se retrouve à produire des pneus qu'on met en stock et pour lesquels il n'y a pas de demande. Au bout d'un certain moment, on ne peut pas continuer à fabriquer des pneus dont on n'a pas besoin", explique-t-il.

Les importations sont surtout chinoises, mais pas seulement, car ces nouveaux concurrents chinois investissent aussi dans d'autres pays du Sud-est asiatique pour exporter vers l'Europe.

 

Concurrence entre sites européens

Sous pression, les manufacturiers s'estiment contraints de procéder à des arbitrages parmi leurs usines européennes au détriment des pays aux coûts salariaux les plus élevés. Cela touche particulièrement la France, mais aussi l'Allemagne, des pays difficilement compétitifs par rapport aux concurrents d'Europe centrale qui bénéficient souvent d'installations flambant neuves.

Outre La Roche-sur-Yon, Michelin avait également annoncé l'an dernier la fin de son activité à Bamberg (858 salariés) dans le sud de l'Allemagne.

Mardi, Continental a annoncé la fermeture de son usine de pneus à Aix-la-Chapelle (ouest de l'Allemagne) où 1.800 personnes sont employées. "Nous avons trop de capacités dans la production de pneus", a expliqué un porte-parole. "C'est une évolution que nous voyons depuis des années", mais que "le virus a encore renforcée", a-t-il ajouté.

Bridgestone affirme mercredi que Béthune est "la moins performante" parmi sa dizaine d'usines en Europe et accuse un déficit de compétitivité de 50% par rapport à un site équivalent dans le sud de l'Italie.

En 2009, Continental avait fait parler de lui en France avec la fermeture contestée de son usine pneumatique de Clairoix (Oise) où il employait plus de 1.100 salariés, tout en arrêtant simultanément le site de Hanovre (nord de l'Allemagne). En 2014, l'usine de pneus agricoles Goodyear d'Amiens (1.143 emplois) fermait ses portes.

Ces arrêts d'usines s'inscrivent en France dans un contexte de désindustrialisation plus marqué qu'ailleurs. Ils relancent régulièrement le débat sur les coûts de production, les industriels réclamant notamment des baisses d'impôts ou de charges sociales.

Ils mettent aussi à mal le discours du gouvernement sur la relocalisation des activités dans l'Hexagone, comme les promesses des entreprises.

En avril 2014, alors que des rumeurs de suppressions de postes circulaient à Béthune, la direction européenne de Bridgestone avait réaffirmé "l'importance" du site. Elle avait alors promis "des mesures spécifiques (...) afin de l'amener au même niveau de productivité et rentabilité" que les autres sites européens.

aro/tq/LyS

© 2020AFP