Le Mercedes Sprinter bientôt made in USA

Le constructeur allemand Daimler AG va dépenser 500 millions de dollars pour construire une nouvelle usine dans le sud des Etats-Unis pour y fabriquer une camionnette, échappant ainsi aux tarifs commerciaux et... aux syndicats.

Cette usine à Charleston (Caroline du sud) devrait ouvrir d'ici la fin de la décennie et créer quelque 1.300 emplois. Volker Mornhinweg, le responsable de la division véhicules utilitaires légers (VUL) de Daimler, souligne que le choix de cette ville repose sur ses capacités portuaires et logistiques et le fait que le groupe allemand y possède déjà des terrains. Mais échapper au tarif de 25% imposé par les Etats-Unis sur les importations de véhicules commerciaux n'y est pas non plus pour rien, admet-il.

"Nous n'aurons plus à le payer", souligne le responsable, précisant qu'actuellement ces camionnettes, appelées "van" aux Etats-Unis et commercialisées sous le nom Sprinter, sont fabriquées à Dusseldorf en Alemagne et ensuite exportées en pièces détachées aux Etats-Unis où elles sont assemblées. "C'est un cauchemar logistique", déplore-t-il.

 

Salaires inférieurs

Les salaires sont aussi largement inférieurs en Caroline du sud par rapport à l'Allemagne et la gouverneure de cet Etat, la républicaine Nikki Haley, a pour politique déclarée de s'opposer aux syndicats.

"Nous décourageons toutes les entreprises qui accueillent des syndicats de venir en Caroline du sud car nous ne voulons pas souiller l'eau", a-t-elle affirmé sans ambages dans des déclarations en 2014, après des tentatives de syndicalisation d'une usine du constructeur aéronautique Boeing près de Charleston.

Les ouvriers spécialisés sont payés en Caroline du sud 18 dollars (environ 16 euros) de l'heure, selon l'office des statistiques américain. Mais en Allemagne, le salaire horaire pour la même catégorie peut atteindre plus du double.

Franz Klein, directeur des opérations pour la division VUL de Daimler indique que la politique de l'entreprise est de payer un salaire "concurrentiel" dans ses usines, sans plus de détails.

Daimler n'est pas le seul constructeur étranger à s'installer dans le sud des Etats-Unis où les syndicats ne sont généralement pas les bienvenus. Volkswagen, Nissan, Honda y possèdent également des usines où le syndicat de branche UAW n'a pas encore réussi à s'implanter malgré ses efforts.

 

'Freightliner'

L'usine de Charleston ouvrira à temps pour fabriquer la nouvelle version du Sprinter qui pourra fonctionner également sur l'électricité et offrira des capacités de conduite autonome.

Le marché des VUL de grande taille y est traditionnellement dominé par General Motors, Ford et Fiat Chrysler. Il représente environ 420.000 unités par an. Mais l'introduction du Sprinter, déjà populaire en Europe, y a révolutionné le design pour ce genre de véhicules en permettant leur déclinaison en de multiples versions adaptées aux besoins des différents corps de métiers.

Actuellement, et selon Mathias Geisen qui dirige les efforts du constructeur allemand sur ce segment du marché, Ford dispose d'une part de marché d'environ 50% à 60% avec son Transit alors que celles du Sprinter atteignent un peu moins de 10%.

Ford peut s'appuyer sur son large réseau de concessionnaires et le fait que le Transit est fabriqué aux Etats-Unis attire les acheteurs. Chez Fiat Chrysler, le Ram ProMaster, construit au Mexique et qui échappe donc aussi au tarif grâce à l'accord de libre-échange unissant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, se vend également bien.

Mais Mathias Geisen souligne qu'une fois fabriqué à Charleston, le Sprinter pourra jouer dans la même catégorie du "Made in USA". Daimler possède déjà des usines dans le sud des Etats-Unis pour y fabriquer des voitures Mercedes-Benz.

Du temps de l'alliance entre Daimler et Chrysler au début des années 2000, le Sprinter --introduit sur le marché américain en 2001-- était vendu aux Etats-Unis par Freightliner et Dodge, une marque restée sous le contrôle de Chrysler après la séparation des deux groupes en 2007. Il est distribué maintenant sous les marques Freightliner, qui appartient à Daimler qui l'utilise pour ses camions aux Etats-Unis, et aussi Mercedes-Benz.

Cette politique semble porter ses fruits puisque les ventes ont augmenté ces cinq dernières années et devraient établir un record en 2016, affirme Mathias Glaser.

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