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Le malus au poids est confirmé ! (+vidéo)

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Après des tergiversations, le gouvernement va finalement instaurer un malus au poids pour les véhicules: une victoire symbolique pour les citoyens de la Convention climat alors que la mesure ne concernera qu'un tout petit nombre de SUV les plus lourds.

Parmi ses 149 mesures proposées en juin, la Convention citoyenne pour le climat (CCC) plaidait pour la création d'une taxe de 10 euros par kilogramme pour les véhicules neufs de plus de 1.400 kg.

La proposition, qui n'avait pas le soutien de Bercy, n'avait pas été retenue dans le projet de budget 2021 présenté fin septembre, au grand dam des écologistes qui en avaient fait une des preuves de "détricotage" par le gouvernement des propositions des "citoyens".

Alors que des représentants de l'association "Les 150" de participants à la CCC devaient être reçus par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, jeudi après-midi, l'exécutif a finalement tranché.

"Le malus au poids que nous instaurons est un signal fort et nécessaire pour mieux prendre en compte l'empreinte écologique des véhicules les plus lourds", a annoncé jeudi matin la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili sur Twitter.

"L'alourdissement du parc automobile, c'est plus de matériaux et d'énergie consommés, plus de pollution, moins d'espace public disponible", a-t-elle justifié.

Selon le ministère, depuis 2010, le poids moyen des voitures diesel a augmenté de 7% et celui des essences de 14%, soit environ 100 kg par véhicule. Cet alourdissement a arrêté la baisse des émissions de CO2 des véhicules.

La taxation sera donc de 10 euros par kilogramme au-delà de 1.800 kg, à partir de 2022.

Même si la mesure est en-deçà de l'ambition de la CCC, "elle va malgré tout dans le bon sens", a commenté Grégoire Fraty, coprésident des "150".

"On a l'impression enfin de gagner un arbitrage", a-t-il déclaré à l'AFP, alors que les "citoyens" ont envoyé lundi une lettre au président Emmanuel Macron pour déplorer le manque de "soutien clair" du gouvernement envers leurs propositions, dont le chef de l'Etat s'est engagé à reprendre 146 sur 149.

 

"De qui vous moquez-vous ?"

Le gouvernement prévoit des "ajustements" pour les familles nombreuses, ainsi qu'une "exonération" pour les véhicules électriques et hydrogène.

L'association de lutte contre la pollution de l'air Respire a salué une "bonne nouvelle", tandis que le WWF s'est félicité d'un "arbitrage gouvernemental historique".

L'ONG, qui avait publié la semaine dernière un rapport estimant "incompatible" la croissance "fulgurante" du marché des SUV depuis dix ans avec le respect des engagements français de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a malgré tout regretté que cela ne concerne qu'une "niche" de SUV les plus lourds, et ainsi demandé aux députés d'appliquer un malus progressif à partir de 1.300 kg.

Selon les chiffres de l'agence de la transition écologique Ademe, seuls 38.386 voitures de plus de 1.800 kg ont été vendues en France en 2019, soit moins de 2% du total de quelque 2,2 millions.

Dans le top 10 des ventes de ces SUV, 4x4 et monospaces, particulièrement émetteurs de CO2 et qui peuvent dépasser les 60.000 euros, se trouvaient principalement des modèles allemands et un seul français.

"Un +signal fort+ ? (...) De qui vous moquez-vous, Barbara Pompili?", a tweeté Clément Sénéchal, de Greenpeace.

Si pour les écologistes, la mesure ne va pas assez loin, pour l'automobile, elle est déjà jugée trop handicapante.

"Ce n'est pas en créant de nouvelles taxes qu'on assurera un avenir pour la filière automobile en France", a déclaré à l'AFP Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA) qui représente les entreprises du secteur en France.

"On gagnera la bataille pour le climat ensemble, pas en fragilisant un tissu industriel et de services qui pèsent près d'un million d'emplois dans notre pays", a-t-il ajouté.

L'association 40 millions d'automobilistes a dénoncé "une mesure idéologique qui fait le jeu des mouvements écologistes extrémistes".

D'autres mesures polémiques proposées par la CCC ne sont pas tranchées, opposant défenseurs du climat et certains secteurs très pourvoyeurs d'emplois comme l'aérien et l'automobile. Par exemple, l'écotaxe sur le transport aérien.

© 2020AFP