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Le blues des ex-Bridgestone un an après la fermeture

Equipementiers

"A 48 ans repartir de zéro c'est très dur", témoigne Thierry après 28 ans chez le géant japonais Bridgestone. La fermeture de l'usine de pneumatique de Béthune, le 30 avril 2021 a laissé 863 salariés sur le carreau, forcés de se construire une nouvelle vie.

Mercredi 16 septembre 2020, les salariés sont convoqués dans la cantine de l'entreprise, l'un des plus gros employeurs de la région, se souvient Bruno, qui travaillait au service développement. Comme nombre d'ex-salariés contactés par l'AFP, il ne souhaite pas donner son nom.

"On pensait à un plan de restructuration, on disait souvent que ça n'allait pas très bien" mais dans une vidéo leur directeur général annonce que le site, installé depuis 1961 à Béthune, dans le Pas-de-Calais, "n'est plus compétitif" et qu'il "va fermer".

"Un coup de massue", "il y a eu des pleurs, des cris, des gens révoltés, d'autres qui n'y croyaient même pas", rapporte Bruno, parti en préretraite à 55 ans après 26 ans dans l'entreprise.

Sept mois plus tard, l'usine fermait, malgré une tentative du gouvernement de la maintenir en activité, avec 500 emplois.

"On en a tous pleuré, Bridgestone faisait vivre tant de familles depuis tant d'années. Les gens étaient fiers d'y travailler", assure Francky Cagniart, 46 ans dont 18 dans l'usine de l'ex-bassin minier, un territoire marqué par chômage et pauvreté.

 

"Parachute doré"

"Si on m'avait dit +ton père est décédé+, c'était la même épreuve", soupire Thierry "dans le dur" depuis la fermeture, justifiée par Bridgestone par une surcapacité de production en Europe et la concurrence asiatique à bas coûts.

Son métier de contrôleur qualité, il le connaissait "sur le bout des doigts", mais ce qu'il aimait surtout c'était la "camaraderie". "On était une famille, on garde le lien, mais chacun fait son chemin", regrette l'ex-ouvrier qui a depuis passé une formation de cariste.

Il loue les conditions de départ, "un parachute doré", à "46.500 euros bruts, 2.500 euros par année d'ancienneté et un congé de reclassement pendant deux ans". Mais "si demain on me demande +tu prends 100.000 euros ou tu retrouves ta vie d'avant ?+, je reprends ma vie d'avant".

Ce PSE jugé généreux par les salariés, c'était "la moindre des choses" estime le patron LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, décrivant des négociations "très difficiles" avec la direction qui avait proposé une première version "indigne".

"On a eu affaire à des menteurs", s'insurge-t-il faisant part de son sentiment de "trahison", après avoir eu l'assurance un an plus tôt par le groupe qu'une fermeture du site était exclue "à court ou moyen terme".

Selon le ministère de l'Industrie, en avril, 331 anciens salariés restaient sans solution pérenne, 273 avaient décroché un CDI et 81 un contrat de plus de six mois. Sur les autres, 68 sont partis en retraite et 42 ont entamé une création d'entreprise.

 

Des "projets" et des "pistes"

Sur l'ancien site cédé au logisticien nordiste Log's, seul l'acteur du pneumatique Black-Star s'est jusque-là installé, avec une unité de reconditionnement employant 16 personnes dont 13 ex-Bridgestone. A terme, l'entreprise prévoit d'embaucher 200 personnes.

Selon le ministère de l'Industrie, 28 projets sont aussi "étudiés par diverses entreprises" et trois pistes "très avancées", dans le domaine de la logistique, du recyclage et de l'agroalimentaire.

Dans ce dossier, le secrétaire du Comité social et économique, Stéphane Lesix (CFDT) reconnaît "le bon suivi" et loue le "front" entre salariés et institutions publiques face au géant du pneu. Une forme "d'union sacrée" selon M. Bertrand qui a permis d'éviter une "explosion de colère".

"Brûler des pneus ? Pour quoi faire ? On savait que c'était terminé, on ne voulait pas salir l'image de Bridgestone", affirme M. Cagniart, délégué CGT qui a depuis ouvert une crêperie solidaire à Béthune, un projet mûri depuis plusieurs années.

Une dizaine d'ex-salariés ont eux continué le combat sur le terrain juridique. Défendus par Me Fiodor Rilov, ils contestent la rupture du contrat entre l'usine de Béthune et la maison mère européenne, mais ont été déboutés en mars par la cour d'appel de Douai.

zl/cab/gvy

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