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Ineos veut se lancer dans l'automobile avec un 4x4

Constructeurs

Le groupe britannique de chimie Ineos du milliardaire Jim Ratcliffe a dévoilé mercredi les contours de son 4x4, qui marque son entrée risquée dans une industrie automobile en plein marasme en raison de la pandémie.

Il s'agit d'une nouvelle diversification pour le groupe, qui a longtemps été discret mais tente désormais de se faire un nom auprès du grand public.

Ineos investit environ 1 milliard de livres dans le lancement de ce 4x4, baptisé Grenadier, du nom du pub dans lequel est né le projet en 2017.

Jim Ratcliffe avait pour ambition de donner un successeur au Defender du groupe Jaguar Land Rover, qui en avait arrêté la production en 2016 avant de la relancer tout récemment avec un succès mitigé pour l'heure.

"La tâche de construire une marque et de la faire connaître est assez ambitieuse. Plus tôt nous commençons, mieux c'est", a déclaré lors d'une présentation en ligne Dirk Heilmann, directeur général de Ineos Automotive, la branche automobile du groupe.

Le Grenadier, présenté mercredi dans une version gris métallisé et doté d'un discret logo Ineos sur le capot, se veut un véhicule tout terrain, conçu pour les déplacements en famille ou les trajets quotidiens.

Le groupe n'a toutefois pas encore dévoilé l'intérieur du véhicule.

La production du véhicule devrait débuter dans le courant de l'année prochaine dans l'usine de Bridgend au Pays de Galles. C'est justement dans cette ville que Ford doit fermer cette année une usine de moteurs qui emploie 1.700 personnes.

Le 4x4 assemblé à Bridgend comportera un moteur BMW fabriqué en Allemagne et un châssis conçu au Portugal.

Son arrivée sur le marché est prévue fin 2021, d'abord en Europe puis plus tard dans le reste du monde.

Le groupe espère fabriquer d'ici quelques années 25.000 véhicules par an, à pleine capacité.

En revanche, aucun prix n'a été dévoilé encore, mais Ineos a prévenu que la voiture ne serait ni bon marché ni dans le haut de la gamme. Le Financial Times évoquait quant à lui récemment un prix de départ de 30.000 livres.

 

Un marché de niche

Et Ineos attendra avant de lancer une version "propre" de la voiture qui sera à essence et diesel dans un premier temps.

"Le temps n'est pas encore venu. Le stockage d'énergie et la batterie ne permettent pas d'avoir une autonomie suffisante", selon M. Heilmann.

La conception du 4x4 d'Ineos intervient alors que le secteur automobile traverse l'une des pires crises de son histoire en raison du choc de la pandémie dont il mettra des années à se relever.

Au Royaume-Uni, les plans sociaux se multiplient, si bien que les professionnels pressent le gouvernement d'intervenir.

Et le secteur britannique craint de surcroît un Brexit sans accord fin 2020 qui se traduirait par le rétablissement de droits de douane entre le Royaume-Uni et le continent.

"C'est un moment très difficile pour l'industrie automobile" mais "la voiture a déjà été conçue et s'il commence à y avoir de la demande il est logique de passer à la phase de production", explique à l'AFP Peter Wells, professeur à l'Université de Cardiff.

Le contexte n'a pas fait reculer Jim Ratcliffe, l'un des hommes les plus riches du Royaume-Uni et qui n'avait pas hésité à se mettre en scène dans une vidéo au volant d'un 4x4 à la campagne pour venter les plaisirs de la conduite hors des sentier battus.

Il a bâti, à coup d'acquisitions, une multinationale de la chimie qui emploie 22.000 personnes avec quelque 183 usines dans 26 pays, pour un chiffre d'affaires annuel de 60 milliards de dollars.

Passionné de sport, l'homme d'affaires a racheté le club de football de Nice et Ineos est à la tête de la plus puissante équipe cycliste au monde.

L'aventure automobile ne réussit toutefois pas toujours aux milliardaires britanniques.

En octobre 2019, l'inventeur britannique James Dyson, pro-Brexit comme Jim Ratcliffe et connu pour ses produits dans l'électroménager, a décidé d'abandonner son ambitieux projet de fabriquer des voitures électriques face à une concurrence trop rude.

Pour M. Wells, la voiture de Ineos "peut sembler datée et peu adaptée face à l'émergence des automobiles à faible émission carbone" mais "c'est un marché de niche et elle ne va pas subir la même concurrence que celle de la voiture électrique de Dyson".

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© 2020AFP