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Ghosn: des salariés de Renault Flins attendent la vérité

Constructeurs

L'ambiance était aussi glaciale que la météo mardi à l'usine Renault de Flins (Yvelines) où les employés retournaient travailler après avoir appris la veille l'arrestation de leur PDG Carlos Ghosn, accusé de malversations au Japon.

Dans la file de voitures qui franchit les barrières du site industriel inauguré en 1952 non loin de la Seine, peu sont ceux qui souhaitent s'exprimer sur le sujet. Mais lorsque certains s'arrêtent pour donner leur ressenti, ils en gros sur le coeur.

"On est dégoûtés", répondent bon nombre d'employés de la plus vieille usine Renault de France en activité. "Moi, je viens pour gagner mon pain (...), c'est bien fait pour lui ce qui lui arrive", confie Mickaël, intérimaire depuis trois mois dans cette usine qui comptait 2.437 employés fin 2017. Comme la plupart de ses collègues, il ne souhaite pas donner son nom de famille.

En montant dans sa voiture après sa journée de travail, un autre employé souhaitant garder l'anonymat s'exclame, excédé: "De toute façon, il va encore s'en sortir à bon compte celui-là".

Michelle, elle aussi intérimaire, est surprise: "je ne pouvais pas croire qu'il ait fait ça. Je pensais que c'était une personne très bien, très cordiale". Après 37 ans de carrière à Flins, Michel, lui, est philosophe même s'il trouve le cas actuel "choquant". "Pour un PDG, ce n'est pas normal. Mais quelqu'un le remplacera et ça ira", espère-t-il.

 

L'alliance avec Nissan au coeur des inquiétudes

Nombreux sont pourtant ceux qui se disent inquiets pour l'avenir de leur activité. Prochainement démis de ses fonctions à la tête de Nissan, et alors que son avenir chez Renault reste incertain, M. Ghosn se trouve au coeur de la subtile coopération mise en place entre les groupes français et japonais.

"Ce qui nous inquiète, c'est l'alliance avec Nissan", confirme Ghislaine. Rouleuse sur une chaîne de production qui a produit 94.066 modèles Nissan Micra en 2017, soit la moitié de la production totale de l'usine, le solde étant composé de Clio et Zoé électriques, elle espère que leur avenir "ne sera pas mis en jeu."

"Je suis proche de la retraite, je ne m'en fais pas pour moi mais plutôt pour les jeunes", confie Michel. Un autre employé qui souhaite conserver l'anonymat prédit "un avenir flou" alors que "les commandes ont déjà baissé depuis hier, sans parler de la Bourse".

En 2017, l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a atteint pour la première fois la première place mondiale du secteur avec 10,6 millions de véhicules vendus.

Se voulant rassurant, le groupe a publié mardi soir un communiqué dans lequel il indiquait veiller au quotidien "à l'efficience de ses coopérations dans le cadre de l'Alliance" et se disant "particulièrement vigilant à poursuivre la consolidation de l'Alliance Renault Nissan Mitsubishi."

 

"Que la justice fasse son travail"

Malgré la colère et l'incompréhension, les employés sont nombreux à tempérer leurs propos. L'un d'entre eux, sous couvert de l'anonymat, dit préférer attendre "que la justice fasse son travail" et espère "que tout ça ne soit pas vrai".

"On se pose tous des questions, on en parle entre nous mais on attend la vérité", raconte Bellifa Bendabdelkader, cariste en intérim, sortant de l'immense complexe aux entrepôts dégageant d'épais volutes de fumée blanche.

Outre Flins, le groupe Renault compte 10 usines en France. Carlos Ghosn, le PDG dans la tourmente, avait annoncé un investissement de 450 millions d'euros sur l'usine de Maubeuge (2.000 salariés) à l'occasion d'une visite du président Emmanuel Macron le 8 novembre dernier.

Un conseil d'administration de Renault devait se tenir mardi soir pour décider de l'avenir du groupe.

sch/tq/dga

© 2018AFP