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Ford va engager une lourde restructuration

Constructeurs

Ford a conclu mercredi sur une mauvaise note une journée noire pour l'automobile américaine en prévenant qu'il allait engager une lourde restructuration devant se traduire par une charge de 11 milliards de dollars dans ses comptes dans les trois à cinq prochaines années.

Le titre chutait de près de 5% dans les échanges électroniques suivant la clôture à Wall Street, après avoir connu une séance mouvementée.

Mercredi, General Motors a dévissé de 4,64% et Fiat Chrysler de 11,83%, les deux constructeurs ayant abaissé leurs prévisions annuelles, en raison d'une hausse de leurs coûts générés par les nouveaux tarifs imposés par l'administration Trump sur les importations d'acier et d'aluminium.

Ford, qui vient de créer une société spécialisée dans le développement des voitures autonomes, n'a pas dit si ses travaux d'Hercule allaient conduire à des suppressions d'emplois, à des fermetures d'usines, ni quelles régions et quels métiers sont concernés.

Il s'est contenté d'indiquer envisager de revoir le design de certains modèles, de réallouer ses liquidités vers les segments rentables et d'être en discussion pour nouer des partenariats stratégiques.

"L'équipe est en train de prendre des décisions difficiles", a simplement indiqué le directeur financier Bob Shanks, ajoutant que Ford allait abandonner des modèles de voitures non rentables.

"Le type de redesign que nous allons effectuer prend du temps et nous allons communiquer une fois que nous aurons pris les décisions, comme abandonner les silhouettes traditionnelles des berlines que nous commercialisons en Amérique du Nord", a-t-il encore déclaré.

Signe du trou noir que traverse actuellement le groupe, Ford a reporté à une date ultérieure le rendez-vous donné le 26 septembre aux marchés financiers au cours duquel Jim Hackett, PDG depuis plus d'un an, devait présenter sa stratégie de relance.

 

Coûts "anormalement" élevés

Pressé de questions par les analystes en conférence téléphonique, M. Hackett a expliqué qu'il était plus sensé de se présenter devant la communauté financière avec des informations précises et après des échanges avec les autorités et syndicats de pays affectés.

"Nous sommes en discussion avec des partenaires potentiels", a-t-il par ailleurs fait savoir.

Fin avril, la marque à l'ovale bleu a décidé de ne plus investir dans les voitures compactes en Amérique du Nord, région dominée par les grosses voitures.

En Asie, et plus particulièrement en Chine, son portefeuille n'a pas été renouvelé depuis longtemps, tandis qu'en Europe le groupe déplore un manque de productivité et un "manque d'efficacité", qui ont conduit à des pertes et au déclin des ventes dans les deux régions lors du deuxième trimestre.

Ces éléments ont contraint Ford à abaisser son principal objectif financier annuel. Le bénéfice par action ajusté, référence en Amérique du Nord, est maintenant attendu entre 1,30 et 1,50 dollar contre 1,45 à 1,70 dollar auparavant.

Pour remédier aux problèmes européens, le constructeur va y entamer une cure d'amaigrissement et se focaliser sur les modèles rentables.

En Chine, pays où les prix des voitures ont nettement baissé, le redressement n'est pas prévu avant 2019. "Nous avons du pain sur la planche", avance Bob Shanks.

Outre ces problèmes conjoncturels, Ford est, comme ses compatriotes GM et Fiat Chrysler, confronté à des incertitudes liées à la guerre commerciale enclenchée par le président Donald Trump.

Les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium ont entraîné une flambée des prix de ces deux matériaux comptant pour plus de la moitié des composants d'une voiture.

Elles ont coûté entre 500 et 600 millions de dollars à Ford au deuxième trimestre et la facture devrait être de 1,6 milliard pour l'ensemble de l'année, estime le groupe. C'est 600 millions de plus que pour GM.

"Les coûts des matériaux sont à un niveau anormalement élevé", déplore Bob Shanks.

Donald Trump a promis mercredi, au terme d'une rencontre à la Maison Blanche avec le chef de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker, de "résoudre" la question des tarifs douaniers américains de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium européens, à l'origine de la guerre commerciale en cours.

Au deuxième trimestre, le bénéfice net de Ford a chuté de 48% à 1,07 milliard de dollars, tandis que le chiffre d'affaires a reculé de 2,4% à 38,92 milliards.

Cette mauvaise performance s'explique également par la suspension de la production du pickup F-150 dans trois usines américaines après une explosion chez un important fournisseur en mai. Ce modèle est le véhicule le plus vendu aux Etats-Unis et le produit phare de Ford depuis plusieurs années.

lo/jum/AB

© 2018AFP