Le syndicat Unifor, représentant des employés de l'automobile au Canada, a annoncé tard mardi soir avoir trouvé un accord de principe avec le constructeur américain Ford, écartant ainsi le risque d'une grève.
Cet accord, qui concerne plus de 5.600 employés de Ford au Canada, devrait servir de référence pour ceux de Stellantis et de General Motors comme c'est traditionnellement le cas. Les trois géants américains, surnommés les "Big Three", emploient quelque 18.000 adhérents d'Unifor.
"Nous pensons que cet accord de principe, soutenu par la totalité du comité de négociation, répond à tous les sujets abordés par les adhérents lors de la préparation de cette séance de négociations collectives", a indiqué Lana Payne, présidente d'Unifor, dans un communiqué.
Il "solidifiera les fondations sur lesquelles nous continuerons à négocier des avantages pour des générations d'employés de l'automobile au Canada", a-t-elle relevé.
Le contenu n'a pas été dévoilé à ce stade.
Le syndicat a choisi d'en réserver la primeur à ses adhérents, qui doivent le ratifier. Mme Payne avait fait savoir il y a quelques jours qu'elle demandait des hausses substantielles des salaires et des pensions de retraite.
Un porte-parole de Ford a confirmé cet accord, refusant d'en donner les détails "par respect pour le processus de ratification".
Débrayage
Lana Payne a mené une stratégie de négociation plus discrète et moins conflictuelle que son homologue américain Shawn Fain, président du syndicat United Auto Workers.
Ce dernier a lancé vendredi une grève dans une usine de chacun des "Big Three" faute d'être parvenu dans les temps à s'entendre sur les prochaines conventions collectives.
Ce débrayage concerne un peu moins de 13.000 des 146.000 adhérents que l'UAW compte au sein de ces trois géants.
M. Fain a prévenu que le mouvement pourrait s'étendre s'il ne constatait aucune avancée d'ici vendredi matin. Il maintient aussi la pression avec des répétitions de piquets de grève, comme mercredi près du siège de Stellantis à Auburn Hills (Michigan).
Selon une source de l'UAW, Stellantis a transmis une contre-offre mercredi. La première depuis le lancement de la grève.
Le syndicat réclame notamment une hausse salariale de 40%, correspondant à celle perçue par les dirigeants des groupes ces quatre dernières années.
Le président américain Joe Biden a porté mercredi une cravate rouge par solidarité avec les grévistes, selon la Maison Blanche.
Lors du lancement d'un "partenariat sur les droits des travailleurs" avec le président brésilien Lula, M. Biden s'est dit "fier" que son gouvernement "soit qualifié d'administration la plus pro-syndicat de l'histoire américaine".
"Soyons clairs: qu'il s'agisse des employés de l'automobile ou d'un quelconque autre employé syndiqué, des bénéfices record d'entreprises devraient signifier des contrats record pour les travailleurs syndiqués", a-t-il affirmé.
C'est la première grève affectant les trois groupes en même temps. Cependant, le syndicat a choisi de mener une action ciblée laissant la grande majorité des employés à leur poste de travail.
Elle a toutefois entraîné le renvoi temporaire de plusieurs centaines d'employés affectés par le manque d'activité du fait des débrayages.
Stellantis a annoncé mercredi que 68 personnes de son usine de Perrysburg (Ohio, nord) se trouvaient dans ce cas et qu'autour de 300 personnes supplémentaires de ce site et de son usine de Kokomo (Indiana) pourraient s'y ajouter.
General Motors a "mis au ralenti" son usine d'assemblage de Fairfax au Kansas (centre) faute de pièces détachées, a indiqué le groupe mercredi, précisant que la plupart des 2.000 membres de l'UAW avaient dû quitter le site "car il n'y avait pas de travail à faire".
Ford avait renvoyé dès vendredi environ 600 personnes de son usine de Wayne (Michigan), par manque d'activité. Elles n'ont pas droit aux indemnités de chômage.
Les trois usines d'assemblage touchées par la grève sont les sites Ford de Wayne, GM de Wentzville (Missouri) et Stellantis de Toledo (Ohio).
Par ailleurs, une grève de 190 membres de l'UAW chez un fournisseur du constructeur allemand Mercedes-Benz menace la production de son usine de Tuscaloosa (Alabama).
Selon un porte-parole du syndicat, leurs revendications portent sur les salaires, les grilles salariales et la couverture santé.
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