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Fiat et Ferrari : fin de l'ère Marchionne

Constructeurs

Gravement malade, le ténor de l'industrie automobile italienne Sergio Marchionne cède sa place aux commandes de Fiat Chrysler (FCA) et Ferrari, qui ont respectivement désigné samedi les patrons de Jeep, Mike Manley, et de Philip Morris, Louis Carey Camilleri, pour lui succéder. S. Marchionne était également président de CNH Industrial et sera remplacé par la Britannique Suzanne Wood, a annoncé ce dernier des trois groupes contrôlés par la famille Agnelli.

Dans un communiqué, FCA annonce "avec un profond chagrin que durant la semaine, M. Marchionne a souffert de complications inattendues alors qu'il se remettait après une opération, qui ont sérieusement empiré ces dernières heures. Par conséquent, M. Marchionne ne pourra pas reprendre le travail". Les administrateurs des trois groupes se sont réunis en urgence samedi après-midi pour évoquer cette succession anticipée.

Agé de 66 ans, M. Marchionne avait subi une opération chirurgicale en juin, officiellement à l'épaule droite. Sa dernière apparition publique remonte au 27 juin, lorsque ce fils d'un carabinier des Abruzzes a remis une jeep aux carabiniers de Rome.

Le manager italo-canadien aux éternels pulls ou polos noirs, qui avait pris les commandes de Fiat en 2004, prévoyait de passer les rênes de FCA dans le courant de l'année 2019.

En 14 ans, il a profondément remodelé le groupe, d'abord en redressant Fiat, en l'alliant en 2009 à l'américain Chrysler, tout en détachant d'une part les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CNH Industrial et d'autre part le joyau Ferrari en janvier 2016.

John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli et PDG d'Exor, la holding familiale qui détient près de 30% de Fiat, 27% de CNH Industrial et 23% de Ferrari, s'est dit "profondément triste". "C'est une situation qui était encore impensable il y a quelques heures, et qui nous laisse tous avec un réel sentiment d'injustice. Mes pensées vont d'abord à Sergio et à sa famille", a-t-il dit dans un communiqué de FCA.

 

Jeep au coeur de la stratégie

C'est donc Mike Manley, discret Britannique de 54 PDG de Jeep et de Ram (pick-up et vans), qui sera chargé de prendre le relais.

Il est arrivé à la tête de Jeep en 2009, en pleine tempête dans le secteur automobile américain. Sous sa direction, le constructeur est passé de 337.000 véhicules vendus en 2008 à près de 1,4 million en 2017, et vise 1,9 million cette année.

Selon Morgan Stanley, Jeep devrait d'ailleurs représenter à lui seul près de 70% des profits de FCA cette année.

Et il figure en tête des marques "Premium" -- avec Alfa Romeo ou encore Maserati -- qui sont au coeur du plan stratégique 2018-2022 présenté par M. Marchionne début juin, parallèlement au développement des voitures hybrides et électriques.

"Comme FCA cherche un successeur depuis quelques temps, et que le successeur a participé à l'élaboration du plan sur cinq ans récemment annoncé, la transition pourrait se faire malgré tout en douceur", a estimé pour l'AFP Stephanie Brinley, experte automobile au cabinet IHS Markit.

Cette transition pourrait être aussi facilitée par le tonus de FCA, qui a enregistré de nouveaux résultats records en 2017 et a ramené fin juin à zéro sa dette nette industrielle -- contre 7,7 milliards d'euros fin 2014.

Du côté de Ferrari aussi les résultats financiers sont plus que satisfaisants: la célèbre marque au cheval cabré, qui limite volontairement sa production pour maintenir son caractère exclusif, a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 3,417 milliards d'euros (+10%) et un bénéfice net de 537 millions d'euros (+34%).

Les fonctions de M. Marchionne chez Ferrari vont désormais être dédoublées: John Elkann devient président, tandis que Louis Camilleri est nommé administrateur délégué.

Né en 1955 dans une famille maltaise à Alexandrie (Egypte), M. Camilleri est entré en 1978 chez Philip Morris, et il est depuis 2002 le PDG de ce groupe très lié à Ferrari via le sponsoring de la Scuderia.

Depuis l'an dernier, il se retrouve aussi souvent sur les tabloïds en raison de sa liaison avec la top model Naomi Campbell.

 

"Fin d'une époque"

La presse et une partie de la classe politique italienne saluaient dimanche "la fin d'une époque" avec le départ de Sergio Marchionne, patron emblématique de Fiat pendant 14 ans mais désormais "en fin de vie", selon plusieurs medias.

"Marchionne, la fin d'une époque", titrait le Corriere della Serra, premier quotidien du pays, au lendemain des conseils d'administration qui ont désigné ses successeurs à la tête de Fiat Chrysler (FCA), Ferrari et CNH Industrial, les trois groupes contrôlés par la famille Agnelli.

Hospitalisé à Zurich depuis une opération fin juin à une épaule, Sergio Marchionne, 66 ans, a souffert de complications en série jusqu'à une nouvelle "détérioration" vendredi, "cette fois-ci sans retour. Le patient ne réagit plus", selon La Repubblica.

Contacté par l'AFP, l'hôpital s'est refusé à tout commentaire sur ses patients.

"C'est une terrible nouvelle", a réagi Marco Bentivoglio, secrétaire général de la branche métallurgie du syndicat CISL. "Nous avons eu des divergences sur certaines choses (...) mais ensemble nous avons défié la petite Italie paresseuse qui préfère fermer les usines plutôt que se retrousser les manches".

En 14 ans, Sergio Marchionne a profondément remodelé Fiat, le premier employeur privé d'Italie, d'abord en redressant l'entreprise, puis en l'alliant en 2009 à l'américain Chrysler, tout en détachant d'une part les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CNH Industrial et d'autre part le joyau Ferrari en janvier 2016.

"Marchionne a été un grand protagoniste de la vie économique des 15 dernières années (...) Il a réussi à donner un avenir à Fiat quand cela semblait impossible. Il a créé des emplois, pas des chômeurs. Chapeau", a salué l'ancien chef du gouvernement, Matteo Renzi (centre gauche).

Un temps proche de M. Renzi, M. Marchionne avait ensuite pris ses distances, mais pas au point de mener la coalition de droite aux législatives de mars comme avait essayé de le convaincre Silvio Berlusconi.

L'actuel gouvernement populiste est resté plus discret, même si le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, chef de file de l'extrême droite, lui a adressé sa "reconnaissance et son respect, ainsi que ses meilleurs voeux".

Au-delà de la santé de M. Marchionne, la presse italienne s'interrogeait sur sa succession.

"L'inquiétude pour la vie même d'un des managers les plus estimés au monde se mêle aux interrogations légitimes sur l'avenir du 7e groupe automobile du globe, qui - nous ne pouvons pas l'oublier - a incarné dans l'histoire de notre pays l'idée même d'industrie moderne", écrit ainsi Dario Di Vico, éditorialiste du Corriere.

Mais d'une manière générale, les médias italiens notent que la succession, même précipitée, s'inscrit dans la continuité: les quatre personnes nommées pour reprendre ses multiples casquettes étaient déjà tous des dirigeants ou administrateurs des groupes concernés, à commencer par Mike Manley, le patron de Jeep, qui reprend les rênes de FCA.

fcc/gl/glr

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