Faux espions de Renault: le procès s'est ouvert à Paris

Le procès de trois hommes, soupçonnés d'avoir été impliqués à des degrés divers dans la retentissante affaire d'escroquerie des faux espions de Renault en 2011, s'est ouvert mercredi devant le tribunal de Paris.

L'affaire avait commencé en août 2010 par une lettre anonyme au constructeur automobile, accusant des salariés d'avoir monnayé des informations sensibles.

Renault avait lancé une enquête interne, qui avait rapidement mis en évidence "des flux financiers importants et anormaux" entre des comptes à l'étranger au nom de ces salariés et des entreprises chinoises, via des sociétés écran.

La machine s'emballe et l'affaire fait scandale jusqu'au sommet de l'Etat, avec des soupçons d'espionnage industriel autour du programme phare de voitures électriques que développait Renault, et des rumeurs d'une implication de la Chine, qui se défend d'accusations "inacceptables".

A l'époque, Renault était un "acteur innovant" dans ce marché "qui s'annonçait fleurissant et prometteur", rappelle le président Benjamin Blanchet, soulignant "le contexte de très forte sensibilité" entourant alors cette affaire.

En janvier 2011, Renault avait porté plainte et licenciés trois salariés, malgré leurs protestations d'innocence.

Mais très vite, les investigations des policiers avaient révélé que les dossiers contre ces salariés avait été monté de toutes pièces à partir de rapports prétendument confidentiels alimentés par une mystérieuse source de l'un des hommes chargés de l'enquête interne, Dominique Gevrey.

Dominique Gevrey, 65 ans, droit dans sa veste en velours marron sur le strapontin réservé aux prévenus, est notamment renvoyé pour escroqueries. La justice le soupçonne d'avoir employé des "manoeuvres frauduleuses" et d'avoir "trompé" Renault pour lui soutirer quelques 300.000 euros en lui présentant des fausses factures en règlement de prestations "inexistantes".

Il a toujours clamé sa bonne foi. Au début de l'audience, sa défense a soulevé des questions de procédure, qui seront examinées avec le reste du dossier.

A ses côtés comparait aussi Michel Luc, un consultant de sécurité d'aujourd'hui 62 ans, pour faux et complicité de tentative d'escroquerie, notamment pour avoir émis des fausses factures.

Marc Tixador, 67 ans, qui était également chargé de l'enquête interne, est lui jugé pour complicité et recel de violation du secret professionnel.

Renault n'a jamais été mis en cause et s'est constituée partie civile. L'avocat d'autres parties civiles, Me Alexandre Varaut, a demandé au tribunal de reconnaître le constructeur civilement responsable.

L'interrogatoire des prévenus est prévu jeudi et vendredi, le procès doit s'achever le 26 janvier.

© 2024AFP