"L'Europe doit agir" pour le pas rater le coche car "les États-Unis y travaillent aussi", avec l'Inflation Reduction Act (IRA) qui vise notamment à rapatrier les étapes de production des véhicules électriques sur le continent, a souligné dans un entretien à l'AFP Ralf Brandstätter, membre du directoire de Volkswagen.
"L'Europe s'est faite légèrement devancer", a-t-il relevé dimanche soir en marge du salon de l'automobile de Munich qui a démarré lundi.
Sur le Vieux continent, "l'approche holistique" intégrant entreprises, recherche, sécurisation des matières premières et des produits intermédiaires, "n'a pas lieu", a constaté M. Brandstätter, responsable depuis un peu plus d'un an du marché chinois. Il est chargé d'y redresser les performances décevantes de Volkswagen sur l'électrique.
La Chine a, au contraire, bâti depuis plusieurs années "un écosystème pour la motorisation électrique", incluant "les batteries et les matériaux pour les batteries".
"Ce que les Chinois ont très bien fait, est de soutenir l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement pendant plusieurs années", a également confirmé Stephan von Schuckmann, chargé au sein du directoire de l'équipementier allemand ZF de la mobilité électrique et de la région Asie-Pacifique.
Le directeur général de Renault Luca de Meo a également affirmé que les concurrents chinois "sont très compétitifs sur la chaine de valeur de la voiture électrique", estimant sur RTL "qu'ils sont partis une génération avant".
"Il faut qu'on rattrape ça très très vite", a-t-il lancé.
"Le train est passé"
"Le train est passé", estime de son côté le patron de l'équipementier français Forvia, Patrick Koller. "Cela fait au moins trente ans que cette stratégie est exécutée en Chine".
Pour les voitures électriques, "tous les matériaux viendront de Chine, car ils sont raffinés en Chine, même s'ils n'y sont pas extraits", a-t-il expliqué.
"Sur l'hydrogène, l'Europe fait exactement la même bêtise", a ajouté M. Koller dans un entretien à l'AFP.
Volkswagen tente de s'inscrire dans cet écosystème, en développant une stratégie de production "en Chine pour la Chine". L'enjeu est de localiser dans le pays non seulement la fabrication, mais également la conception des voitures.
"Cela nous permet de raccourcir de 30% le temps pour introduire de nouveaux produits" sur le marché chinois, a expliqué M. Brandstätter alors que le groupe a déjà multiplié les partenariats avec des entreprises chinoises comme Horizon Robotics, spécialiste de l'intelligence artificielle.
Dernières annonces en date cet été: les marques Volkswagen et Audi se sont rapprochées respectivement des constructeurs chinois XPeng et SAIC pour développer conjointement de futurs véhicules électriques à destination du marché local.
Avec le bénéfice de créer ainsi une certaine "autarcie" des activités dans le pays et rendre le groupe "plus résilient face à d'éventuelles mesures politiques qui découleraient de tensions géopolitiques".
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