Dans le fief de Volkswagen en crise, l'épreuve de force commence

L'onde de choc du plan d'économies sans précédent en préparation chez Volkswagen fait trembler le berceau du groupe allemand, à Wolfsburg dans le nord de l'Allemagne, où les salariés promettent une "résistance acharnée" contre les projets de la direction.

Un concert de sifflets a accueilli mercredi les patrons du géant automobile venus défendre la cure d'austérité dans le hall 11 de l'usine historique de Wolsfburg où Volkswagen est né il y a plus de 85 ans.

"Nous sommes démantelés en secret", enrage Axel Wenzlaff, un ouvrier de 59 ans, qui confie à l'AFP sa "peur" après le signal d'alarme tiré par les dirigeants du premier constructeur européen.

Volkswagen a annoncé lundi envisager un plan d'économie sans précédent, avec fermeture d'usines en Allemagne et licenciements secs, créant une onde de choc dans la première économie européenne dont l'entreprise est un des fleurons.

Baisse des ventes en Chine- le premier marché du groupe-, effondrement de la demande pour les véhicules électriques en Allemagne, concurrence des constructeurs chinois avec leurs modèles à batterie meilleur marché, erreurs stratégiques : les défis rencontrés par le créateur de la Golf et de la Passat sont innombrables.

Redresser la barre

"Nous devons augmenter la productivité et réduire les coûts. Nous avons encore un an, voire deux, pour redresser la barre", a lancé mercredi Arno Antlitz, directeur financier lors de l'assemblée générale houleuse des salariés à Wolfsburg, dans le nord de l'Allemagne.

Avec des ventes en Europe toujours inférieures au niveau d'avant la pandémie de Covid-19, il manque à Volkswagen, qui détient près d'un quart des parts de marché sur le continent, quelque 500.000 ventes de voitures, "l'équivalent d'environ deux usines", selon M. Antlitz.

Est-ce un pronostic du nombre de sites menacés ? Les spéculations vont bon train en Allemagne, alors que l'entreprise n'a pas dévoilé les mesures qu'elle compte prendre et les conséquences pour les 300.000 emplois que compte Volkswagen dans le pays, dont 120.000 pour la marque VW, le nid à problèmes du constructeur.

Une épreuve de force s'annonce avec le puissant syndicat du groupe : les représentants du personnel composent la moitié du conseil de surveillance.

"Il n'y aura pas de fermeture d'usine dans notre pays", a martelé devant les ouvriers en bleu de travail, Daniela Cavallo, présidente du comité d'entreprise. Elle a prévenu que la direction devra "faire face à la résistance acharnée du personnel".

En Belgique, les salariés de l'usine Audi de Bruxelles, filiale de Volkswagen, se sont mis en grève mercredi, après avoir appris que le groupe ne leur confiera plus aucun modèle à assembler au-delà de 2025, menaçant l'avenir du site.

"VW dans le sang"

Les annonces de Volkswagen portent un nouveau coup à l'économie allemande, lanterne rouge de la zone euro avec un croissance au ralenti, et une industrie qui souffre du renchérissement du coût de l'énergie et s'interroge sur son modèle.

Le groupe "n'est pas en difficulté à cause de ses sites allemands et des coûts du personnel allemand", a martelé Mme Cavallo, mais parce que "le directoire ne fait pas son travail", a-t-elle dénoncé, critiquant les choix faits pour mener l'indispensable transition vers l'électrique.

Si des erreurs ont été commises, "ils devraient d'abord commencer par le haut, virer les gens qui sont responsables de ça", abonde Axel Wenzlaff.

Imaginer des licenciements chez Volkswagen en Allemagne, "c'est quelque-chose de tout à fait nouveau", s'inquiète Michael Gadow, ancien outilleur dans l'entreprise où la garantie de l'emploi est un socle du contrat social.

Avec ses quatre cheminées transperçant le ciel et son immense logo blanc visible de loin, l'usine VW de Wolsfburg, créée en 1938 à l'instigation des nazis, à 200 kilomètres à l'ouest de Berlin, est le poumon de la ville.

"J'ai toujours du sang VW dans les veines", confie Eckard Siewertsen, retraité de 73 ans dont le père était déjà dans le groupe et dont le fils poursuit la tradition familiale.

Malgré de nombreuses crises, dont celle du Dieselgate il y a dix ans, "nous avons toujours réussi à nous remettre sur pied, assure-t-il. Je suppose qu'on y arrivera cette fois-ci".

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