webleads-tracker


Crise des fonderies : cessation de paiement du groupe Alvance

Equipementiers

Les difficultés du magnat de l'acier Sanjeev Gupta, dans le sillage de la faillite de la banque Greensill, pèsent désormais sur trois équipementiers automobiles de la Vienne et de l'Indre appartenant à son groupe Alvance, qui seront les premiers vendredi à être déclarés en cessation de paiement.

Totalisant quelque 850 salariés, les deux unités aluminium et fonte des Fonderies du Poitou, à Ingrandes près de Châtellerault, ainsi qu'Alvance Aluminium Wheels, à Diors près de Châteauroux, sont les premières sociétés du groupe du magnat indo-britannique de l'acier à déposer le bilan depuis la chute de la société financière Greensill, à qui le conglomérat doit des milliards d'euros.

Un porte-parole d'Alvance a toutefois tenu à souligner que "cette décision n'affectait pas et n'incluait pas les autres sites d'Alvance, Alvance Aluminium Dunkerque dans le nord de la France, Alvance Aluminium Duffel en Belgique ou Alvance British Aluminium à Lochaber, en Ecosse - qui fonctionnaient tous normalement, bénéficiaient de fortes positions sur le marché et avaient des trésoreries positives".

Les syndicats ont été informés jeudi lors d'un CSE par l'administrateur judiciaire nommé pour suivre le dossier par le tribunal de commerce de Paris, ville où se trouve le siège d'Alvance, maison mère de Liberty House, une société du Gupta Family Group Alliance (GFG Alliance), de Sanjeev Gupta.

Selon l'administrateur, les entreprises devraient être placées en redressement judiciaire d'ici la fin du mois, a indiqué Jean-Philippe Juin, délégué CGT de Fonderies Alu.

"Cela permettra à l'État de garantir la période de transition", a-t-il dit à l'AFP, tablant également sur un effort de Renault, principal donneur d'ordre des trois entreprises, pour trouver une solution, et notamment d'éventuels repreneurs.

"Ces trois entreprises sont déficitaires depuis leur acquisition par GFG Alliance (Wheels en mai 2018 et les sites du Poitou en avril 2019). Une grande partie de ces difficultés est liée à des problèmes structurels au sein de l'industrie", comme le déclin du diesel et la concurrence hors-UE, a expliqué un porte-parole d'Alvance dans un courriel.

Jusqu'à présent, Liberty Fonte était seule en grande difficulté, sa production de carters pour diesel n'étant plus porteuse. Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), actant la fermeture du site prévu en juin 2021, avait été lancé en décembre 2020.

 

"Baisses des commandes"

Ayant aussi comme unique client Renault, Liberty Alu fabrique notamment des culasses, un marché plus porteur.

"Il n'y a aucune raison que les Fonderies du Poitou, dans le volet aluminium, puissent être pénalisées par la situation financière du groupe Liberty auquel elles appartiennent", avait assuré la semaine dernière le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

De son côté, Alvance Aluminium Wheels produit à 60% pour Renault, et 30 % pour PSA. L'entreprise, qui est la dernière en France à fabriquer des jantes aluminium, souffre de la concurrence de l'étranger.

"Bien que les trois sites aient été continuellement soutenus par le groupe -à hauteur de presque 45,5 millions d'euros- pour les maintenir solvables, cette position n'a jamais été durable et n'a pas pu être maintenue après la faillite de Greensill", a résumé le porte-parole d'Alvance.

Selon lui, "la fonderie d'aluminium du Poitou et l'usine de roues de Châteauroux ont toutes deux souffert d'une baisse des commandes et d'une dépendance à l'égard d'un seul client ou d'un petit nombre de clients commandant des volumes insuffisants".

L'unité aluminium des Fonderies du Poitou est elle aussi "toujours déficitaire" malgré les efforts d'Alvance, dit le porte-parole, qui juge malgré tout "que le site pourrait encore être viable avec plus de temps qu'un processus d'administration peut offrir".

A l'issue d'une réunion à Bercy mardi avec des élus de la Vienne, une source gouvernementale avait expliqué que l'État accompagnerait "socialement le mieux possible" les deux entreprises d'Ingrandes et pourrait financer "les périodes de recherches de repreneurs (...) avec on l'espère le soutien de Renault".

"Pour les salariés, c'est une délivrance de sortir de ce groupe-là; maintenant nos échéances sont courtes, mais on n'aura pas ces gens-là dans les pattes", a lancé Alain Delaveau, secrétaire CGT à la Fonte et secrétaire du CSE.

© 2021AFP