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Chez PSA, la méthode Tavares sauve les meubles

Constructeurs

Trop centré sur l'Europe, en difficulté en Chine, à l'arrêt en Iran, le groupe français brille avec une rentabilité « record » là où d'autres souffrent.

Les bons comptes font les bons résultats. Carlos Tavares, élevé à l'école Renault au temps de Carlos Ghosn, sait gérer au plus juste. Après avoir rétabli la situation d'un groupe en quasi-faillite avant 2014, il a remis PSA sur la bonne voie et surmonté les difficultés d'un marché automobile mondial devenu très complexe. Ce qui le rend différent des autres – la solidité de ses activités en Europe – a permis à PSA d'atteindre une rentabilité « record » au premier semestre.

Le bénéfice net a progressé de 23,7 % de janvier à juin, à 1,8 milliard d'euros, malgré une baisse des volumes écoulés. Le chiffre d'affaires a reculé de 0,7 % à 38,3 milliards d'euros, mais la rentabilité opérationnelle du groupe a atteint 8,7 % des ventes (+ 0,9 point sur un an), y compris dans la seule division automobile.

Ce ratio, indicateur très suivi dans l'industrie, est « un nouveau record pour PSA », s'est félicité le patron du groupe Carlos Tavares, lors d'une conférence avec des analystes. Il s'est dit « fier » de présenter de tels chiffres dans un contexte mondial difficile. Il a notamment cité les « tensions géopolitiques, les incertitudes sur le Brexit, et le chaos réglementaire » avec de nouvelles normes considérablement durcies en Europe dès l'an prochain pour les émissions de CO2 des véhicules.

 

L'agilité prime sur la taille

La performance contraste avec celle de nombreux concurrents. Le groupe allemand Daimler publiait au même moment sa première perte trimestrielle en 10 ans, le japonais Nissan s'apprêtait à supprimer des milliers d'emplois alors que ses bénéfices s'effondrent et le britannique Aston Martin dégringolait en Bourse mercredi après un avertissement sur résultat. M. Tavares a loué « l'efficience » de son groupe, et son « agilité », selon lui plus importante que la taille.

PSA est très au-dessus de son objectif, très prudent : une marge opérationnelle moyenne de plus de 4,5 % pour la division automobile sur la période 2019-2021. Passé tout prêt de la faillite en 2012, le groupe est désormais assis sur un trésor de guerre, 7,9 milliards d'euros de liquidités accumulées. De quoi surmonter les chocs conjoncturels à venir et saisir une éventuelle opportunité de rachat.

Le groupe français, qui rassemble les marques Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vauxhall, avait annoncé il y a dix jours une chute de 12,8 % de ses ventes mondiales, à 1,9 million de véhicules. Cependant, l'essentiel de cette chute était à mettre sur le compte de l'arrêt des ventes en Iran à l'été 2018, sous l'effet des sanctions américaines. Cela représente tout de même 443 000 voitures écoulées en 2017 et un bilan zéro depuis un an et l'embargo décrété par M. Trump.

Or, ces activités n'étaient pas consolidées au sein de PSA et n'ont donc « aucun impact » sur les comptes du groupe, a expliqué le directeur financier Philippe de Rovira. Le deuxième facteur derrière la chute des ventes était la dégringolade des volumes de PSA en Chine (- 60 %), dans un marché lui-même en recul, mais de 12,4 % selon l'Association chinoise des constructeurs automobiles.

Le constructeur français est devenu un acteur marginal sur le premier marché mondial, avec une part de seulement 0,5 % des ventes. Au premier semestre, il a écoulé un peu plus de 64 000 voitures alors qu'il en faisait 100 000 de plus sur la même période l'an dernier. Un décrochage continu pour PSA qui y avait pourtant vendu jusqu'à 742 000 véhicules en 2014 et qui visait, avec deux nouvelles usines et des modèles mieux adaptés aux goûts locaux, un million en 2018.

 

Figurant en Chine

Sur la première moitié de l'année, il a ainsi perdu 300 millions d'euros en Chine, sous l'effet notamment de la dépréciation de ses actifs, a souligné M. de Rovira.

« Comme nous sommes un acteur marginal en Chine, nous ne sommes que marginalement touchés par la récession sur ce marché », a tenté de positiver M. Tavares qui oublie au passage les investissements réalisés. Et les coupes sombres réalisées dans le réseau de concessionnaires ne sont pas aptes à relancer la machine de sitôt.

PSA réfléchit avec ses partenaire locaux Dongfeng et Changan à réduire ses capacités de production dans le pays, son appareil industriel étant surdimensionné par rapport à ses volumes actuels. En réalité, c'est le contraire qu'il faudrait dire et les capacités installées l'ont été pour épouser de tout autres ambitions.

Dans le même temps et pour se rassurer momentanément, le groupe gagne des parts de marché en Europe (+ 0,3 point au premier semestre), une région qui représente désormais 88 % de ses volumes et l'essentiel de ses profits.

« L'Europe est le moteur des bénéfices » de PSA, a résumé Carlos Tavares, soulignant le succès des derniers lancements, notamment le SUV (4x4 de loisir) Citroën C5 Aircross, la berline Peugeot 508 et les utilitaires Peugeot Partner et Citroën Berlingo.

Les gains de part de marché, associés à de moindres remises sur les prix de vente, ont soutenu la rentabilité. PSA insiste également sur la réduction des coûts, qui a eu un impact positif de 260 millions d'euros sur les comptes du premier semestre. Ces économies résultent notamment des synergies mises en œuvre entre les marques historiques (Peugeot, Citroën, DS) et la filiale Opel Vauxhall rachetée à l'été 2017.

Celle-ci a poursuivi son redressement. Son bénéfice opérationnel a progressé à 700 millions d'euros (+ 40 %).

© 2019AFP