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Brexit : Theresa May à la peine dans son tour d'Europe pour obtenir des concessions

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Partie chercher mardi des concessions sur l'accord de Brexit afin de satisfaire son parlement vent debout contre ce texte, Theresa May s'est trouvée confrontée à des dirigeants européens polis mais fermes dans leur volonté de ne pas rouvrir les négociations et dubitatifs sur les moyens de l'aider.

"J'ai ressenti une volonté commune de régler ce problème", a-t-elle assuré sur la chaine de télévision Sky, après ses premiers entretiens à La Haye et à Berlin.

"Il est clair que l'UE à 27 veut aider. La question est de savoir comment", a répondu le président du Conseil européen Donald Tusk dans un message sarcastique sur son compte twitter après sa rencontre avec Mme May.

Theresa May a expliqué chercher des assurances sur le backstop, la solution trouvée pour éviter de rétablir une frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord qui impose le maintien du Royaume-Uni dans l'Union douanière avec l'UE.

"Nous voulons être certains que ce n'est que temporaire. Ce sont ces assurances que je chercherai dans les prochains jours", a-t-elle déclaré aux medias britanniques.

Mais le secrétaire d'Etat britannique pour le Brexit Martin Callanan a compliqué la donne en demandant "des assurances juridiques supplémentaires qui soient contraignantes". Ce qui explique la perplexité manifestée par Donald Tusk à deux jours d'un sommet européen.

Theresa May a reçu une fin de non recevoir à Berlin lorsque la chancelière Angela Merkel lui a confirmé qu'il n'était "pas possible de changer l'accord" conclu pour le retrait du Royaume-Uni le 29 mars 2019.

L'entretien avec Donald Tusk à Bruxelles a été suivi par une réunion avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le négociateur de l'UE Michel Barnier.

Mme May n'a fait aucune déclaration à l'issue de cette rencontre et la Commission a reporté sa communication à son point de presse quotidien mercredi à la mi-journée.

"Il n'y a pas de place pour une renégociation mais de plus amples clarifications sont possibles", avait assuré mardi matin Jean-Claude Juncker. Depuis la conclusion de l'accord de retrait fin novembre, à l'issue de 17 mois de négociations difficiles, les dirigeants des 27 n'ont cessé de répéter que c'était leur seule offre disponible.

La solution du backstop, qui prévoit de créer provisoirement un "territoire douanier unique" englobant l'UE et le Royaume-Uni, pour éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, est rejetée par les conservateurs pro-Brexit comme par l'allié nord-irlandais de Theresa May, le petit parti unioniste DUP.

La dirigeante britannique continuera ses consultations mercredi en Irlande où elle rencontrera le Premier ministre Leo Varadkar, avant de retourner à Bruxelles à la veille du sommet européen qui débutera par une séquence consacrée au Brexit.

 

"Lâcheté"

Lundi, quasiment assurée d'essuyer une humiliante défaite devant la Chambre des Communes sur l'accord, Mme May a annoncé le report du vote prévu mardi, provoquant la colère des députés de tous bords.

"Acte de lâcheté pathétique", a dénoncé Ian Blackford, le leader des nationalistes écossais du SNP. "La Première ministre est dans un bunker, elle observe sa propre chute et nous savons tous comment l'histoire va se terminer", a déclaré la députée conservatrice Nadine Dorries, comparant Mme May au dictateur nazi Adolf Hitler.

Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a obtenu la tenue d'un débat d'urgence sur cette manoeuvre. "Si la Première ministre revient (de sa tournée européenne) avec rien d'autre que des belles paroles, elle doit immédiatement remettre l'accord (en débat) à la Chambre des Communes", a-t-il exigé. "Si ce n'est pas le cas, elle devra partir, nous ne pouvons plus tolérer de retard".

Toute la journée, le Parlement a bruissé de rumeurs sur une possible motion de défiance déposée par l'opposition, ou sur une fronde interne au Parti conservateur visant à renverser Theresa May.

Face au mécontentement, Downing Street a seulement annoncé que le texte serait présenté au vote des députés britanniques avant le 21 janvier. David Lidington, le numéro deux du gouvernement, a assuré que cette date était une "limite et non une cible", et que le scrutin aurait lieu "le plus tôt possible".

Il a une nouvelle fois mis en garde sur les conséquences qu'auraient un rejet du texte et un Brexit sans accord. Un retour aux "échanges commerciaux selon les termes de l'OMC nuirait gravement au secteur automobile, à l'aérospatial et à l'agriculture", a-t-il averti.

Un Brexit sans accord "serait terrible" pour l'économie britannique et mondiale, et aurait aussi des répercussions sur le marché de l'acier, a aussi estimé mardi Aditya Mittal, président et directeur financier du géant de la sidérurgie ArcelorMittal.

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