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A Francfort, l'automobile contrainte de se réinventer

Constructeurs

Ebranlée par des scandales, soumise à des normes de plus en plus strictes et contrainte de s'adapter aux défis technologiques, une industrie automobile en plein bouleversement s'est retrouvée mardi au salon de Francfort (Allemagne).

Deux ans après le début de l'affaire des moteurs truqués chez Volkswagen, les questions centrales du sort du diesel et de l'avenir de l'électrique dominaient dans les allées de la manifestation (IAA), ouverte à la presse avant de l'être au public samedi, jusqu'au 24 septembre.

Le marché automobile européen, presque revenu à ses niveaux d'avant la crise de 2008, devrait continuer à croître dans les prochaines années, à un rythme plus faible toutefois, selon un consensus empreint de satisfaction des différents dirigeants du secteur.

"On est toujours très prudents sur les évolutions du marché, mais on n'a pas le sentiment d'être arrivés sur un pic et de se dire que ça va retomber", a expliqué à l'AFP le vice-président de Toyota, Didier Leroy.

Au delà de cette tendance qui a permis aux fabricants de reconstruire leurs marges, se pose désormais la question de l'adaptation des gammes à la nette chute de la demande en moteurs diesel.

 

Mutation de la demande

"Si les clients veulent plus de moteurs essence que de moteurs diesel, pas de problème, on fera ce qu'il faudra", a déclaré à l'AFP le patron du groupe PSA, Carlos Tavares, tout nouveau propriétaire de la marque allemande Opel, en concédant que cette évolution rapide du marché avait créé "beaucoup de tensions et beaucoup de travail" d'adaptation dans ses usines.

Il a par ailleurs démenti toute tromperie sur les émissions polluantes des moteurs de son groupe, après un rapport de la répression des fraudes ayant filtré la semaine dernière. "Nous ne pouvons pas (...) considérer que l'ensemble de l'industrie automobile est en situation d'illégalité", a-t-il insisté en regrettant un "amalgame".

La pollution engendrée par les véhicules diesel a aussi plongé la chancelière Angela Merkel, en pleine campagne de réélection, dans une position délicate. En Allemagne, quelque 800.000 emplois dépendent de l'industrie automobile, l'un des piliers des exportations du pays.

Soucieux de donner des gages de "propreté", sur fond de réglementations européennes resserrées depuis septembre et de menaces d'interdiction de circulation pour les voitures diesel dans certaines villes, les constructeurs allemands ont décidé d'accélérer encore dans l'électrique.

Le géant Volkswagen a promis d'électrifier toute sa gamme d'ici à 2030, soit environ 300 modèles contre 12 aujourd'hui.

 

'Trop lent'

Son chef de la stratégie, Thomas Sedran, annonce d'ici à quelques années des voitures électriques dotées d'une autonomie de plus de 500 km, à un prix inférieur à 30.000 euros.

Daimler veut de son côté offrir des versions électriques ou hybrides de tous les modèles Mercedes-Benz d'ici à 2022 et faire de sa citadine Smart une marque entièrement électrique, en faisant 4 milliards d'euros d'économies d'ici à 2022 pour préserver ses marges.

Son rival BMW promet lui 25 modèles électrifiés d'ici à 2025, dont le concept-car i Vision Dynamics présenté sur le salon, une berline électrique qui sera produite en série à une date non précisée. La rentabilité de sa division automobile n'en sera pas affectée, jure son patron.

Quant au diesel, de plus en plus malaimé en Europe, les constructeurs rejettent l'hypothèse d'une mort programmée. Steve Armstrong, président de Ford Europe, ne croit pas à "une extinction prochaine" du diesel, qui continuera selon lui "à constituer une part importante de l'industrie pendant un certain temps".

Pour Greenpeace, la bonne volonté affichée par les constructeurs ne suffit pas. Le tournant de l'électrique "est trop lent et si l'industrie automobile ne va pas plus vite, elle risque un atterrisage en catastrophe", estime Andree Böhling, expert en énergie de l'ONG.

Le "dieselgate" n'a pas empêché les constructeurs de rivaliser de nouveautés et de "concept-cars", que ce soit Renault avec un prototype "Symbioz", partie intégrante de la maison du futur, ou la marque allemande (à capitaux chinois) Borgward, qui a ressuscité le coupé Isabella des années 1950.

Au total, près de 1.000 exposants, dont une cinquantaine de constructeurs, ont dévoilé plus de 200 premières mondiales malgré l'absence remarquée Nissan, Peugeot, Tesla, Fiat ou encore Volvo.

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© 2017AFP