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Blanquefort: les salariés d'une ex-usine Ford contestent son rachat par un fonds allemand

Constructeurs

Le groupe américain Ford l'avait cédée début 2021 au canadien Magna, qui veut déjà la revendre à l'allemand Mutares: les 700 salariés de l'usine de boîtes de vitesse de Blanquefort (Gironde), inquiets pour leur avenir, ont saisi le tribunal lundi.

Faute d'information suffisante sur le projet selon les élus du personnel, l'action engagée devant le juge des référés à Bordeaux visait à reporter la date, fixée à mercredi jusque-là, à laquelle le comité social et économique (CSE) devait rendre son avis sur le projet de reprise.

La décision a été mise en délibéré au 12 décembre, ce qui reporte l'échéance de facto - et a minima selon le jugement qui sera rendu - à cette date.

Les syndicats estiment avoir été mis devant le fait accompli depuis que la vente de l'usine à Mutares, qu'ils qualifient de fonds "vautour", leur a été annoncée fin septembre sans communication préalable sur la recherche de repreneurs.

À l'origine, Ford avait deux usines à Blanquefort. La première, où étaient fabriquées des boîtes automatiques pour les marchés américain et australien, avec 850 salariés dont l'ex-candidat à la présidentielle Philippe Poutou, a fermé en 2019. La seconde, rachetée en deux temps par Magna depuis 2016, réalise des boîtes manuelles pour les modèles Fiesta.

Les salariés sont d'autant plus inquiets des intentions du fonds basé à Munich que les perspectives d'activité ne sont pas bonnes. Fin octobre, Ford, unique client du site, a avancé d'un an l'arrêt de la production de la Fiesta, à l'été 2023. Ce qui réduira plus vite le carnet de commandes et laisse craindre des suppressions d'emplois à Blanquefort.

"Drame social"

"On pense qu'il y a eu un deal, dès le départ, entre Ford, Magna et Mutares", explique Régis Labasse, délégué Force ouvrière. "On sait qu'il y aura un drame social."

"Nous ne voulons pas de Mutares qui n'est en aucun cas un industriel, Mutares est un opportuniste, uniquement là pour vider les caisses de notre entreprise, en toute légalité, et qui fermera probablement notre usine fin 2024. Pire, qui organisera sa faillite", dénonce la CGT.

"A ce jour, l'activité 2025 est nulle. C'est à Ford et à Magna d'apporter un vrai projet industriel ou d'assumer la fermeture de notre site fin 2024: c'est pourquoi nous exigeons le dépôt sur un compte séquestre de 200 millions pour une reconversion du site ou pour un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi, NDLR)", ajoute le syndicat.

Le fonds allemand, auquel Saint-Gobain avait vendu Lapeyre en 2021, s'est développé dans le secteur automobile avec les reprises, notamment, d'une filiale de Vallourec en Côte-d'Or et du fournisseur de joints d'étanchéité Sealynx en Normandie.

"C'est notre premier secteur d'activité en France, pays où nous comptons le plus d'investissements, le plus de salariés et le plus de chiffre d'affaires dans ce secteur (...) Nous savons que l'usine de Blanquefort est monoclient, que son activité actuelle est amenée à baisser, puis s'éteindre", déclarait en septembre Mathieu Purrey, directeur général de Mutares, dans les colonnes du journal Sud Ouest. Mais "l'usine de Blanquefort peut explorer de nombreuses pistes de diversification", ajoutait-il.

D'après l'intersyndicale, ces pistes ne concerneraient qu'"une centaine de salariés".

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© 2022AFP